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berlin, 20 ans après
Berlin: Murmures d’un autre temps
Annick Hovine
Mis en ligne le 10/11/2009
Il pleut sur Berlin. Une fine pluie pénétrante. La nuit est tombée tôt du ciel plombé. A quelques heures de l’apogée des célébrations du vingtième anniversaire de la chute du Mur, l’effervescence s’est emparée du cœur de la ville. Des barrières disposées le long des avenues qui mènent au Reichstag et à la Porte de Brandebourg barrent la route aux piétons pour laisser le passage aux délégations officielles. Le ballet est savamment orchestré par la polizei qui règle fermement les flux de passants et de limousines. La foule s’élance quand la traversée est soudain autorisée. Une brèche qui en rappelle une autre. "Ah, Freiheit !" ("Ah, la liberté !"), s’exclame une jeune Berlinoise, comme si elle rejouait la scène, historique, qui s’est déroulée ici il y a vingt ans. Autour d’elle, on renchérit en riant : "Ah, Freiheit !" On sent poindre une certaine ironie : ultra-sécurisé, le périmètre des festivités, où les dirigeants d’Europe et du monde avaient rendez-vous lundi, tenait le peuple à l’écart.
Devant le Bundestag, sous d’immenses capes de pluie qui les recouvrent entièrement, les passants s’attardent malgré le déluge. Du haut de leurs deux mètres cinquante, des dominos géants et colorés racontent le mur vu par des artistes et des jeunes du monde entier. Sur deux kilomètres en plein centre de la capitale allemande, les stèles de polystyrène se succèdent tous les deux mètres. Un bout de gruyère avec des trous; un cœur emmuré; des pièces de puzzle qui s’enchevêtrent; un mur de pierres; des routes qui partent vers l’est et vers l’ouest; des sourires et des larmes; des slogans en veux-tu, en voilà. Comme "Faites l’amour, pas les murs". Murmures d’un autre temps.
La "Fête de la liberté" démarre à 19 heures par un concert en plein air de l’orchestre de l’Opéra de Berlin sous la direction de Daniel Barenboïm. Dans les tribunes officielles, l’heure est solennelle. La chancelière allemande Angela Merkel et les chefs d’Etat ou de gouvernement d’une trentaine de pays, dont le Premier ministre belge, Herman Van Rompuy, ont franchi pour s’y rendre la Porte de Brandebourg, symbole de Berlin, par où passait le Mur de la Honte.
Les dirigeants des puissances qui occupaient la ville prononcent de brefs discours : le président français, Nicolas Sarkozy; le Premier ministre britannique, Gordon Brown; le président russe, Dmitri Medvedev et la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, représentant le Président en tournée en Asie. Surprise : Barack Obama s’adresse aux Berlinois via un message vidéo imprévu. "Peu d’entre nous auraient prédit qu’un jour l’Allemagne unie serait dirigée par une femme venue du Brandebourg ou que son allié américain serait dirigé par un homme d’origine africaine, mais la destinée humaine est ce que les hommes en font", a déclaré M. Obama.
Abritée sous un grand parapluie, Angela Merkel, émue, clôture les prises de parole. Plus tôt dans la journée, la chancelière allemande, qui a grandi en ex-RDA, avait repassé à pied l’ancien poste-frontière de la Bornholmer Strasse, avec Mikaïl Gorbatchev, le dernier dirigeant de l’Union soviétique, et l’ex-président polonais Lech Walesa, chef du syndicat Solidarnosc, le premier à avoir défié l’étau communiste.
C’est d’ailleurs Lech Walesa qui renverse le premier de la chaîne de dominos symbolisant le Mur de Berlin. Sous les applaudissements, les blocs de polystyrène s’écroulent les uns sur les autres, aidés çà et là par la foule massée en grappes le long du parcours.
Les invités de Mme Merkel quittent la Porte de Brandebourg pour un dîner à la Chancellerie. Feu d’artifice, chaîne humaine, concerts : la fête populaire peut désormais battre son plein.
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