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union européenne

"L’Europe n’est pas faite pour être présidée par un Obama"

Sabine Verhest

Mis en ligne le 21/11/2009

Pour le commissaire européen Karel De Gucht, celui qui le tenterait “échouerait”. “L’Union n’est pas un système présidentiel.”
Entretien

Que pensez-vous de la désignation de Herman Van Rompuy ?

C’est un honneur pour notre pays et un grand succès pour le Premier ministre. Il s’agit d’une tâche très importante, qu’il ne faut surtout pas minimiser.

Les Belges avaient pourtant tout fait pour la minimiser lors de sa création…

On peut avoir deux visions de cette fonction. Celle d’un vrai président de l’Europe, une fonction qui a été conçue par Valéry Giscard d’Estaing qui ne voyait naturellement que lui pour l’exercer en premier. Or, l’Union n’est pas un système présidentiel. Et puis celle d’un chairman du Conseil européen. Cela reste une fonction de tout premier plan, parce qu’au centre de la prise de décision au plus haut niveau de l’Union. Ce n’est pas un président qui a un rôle politique propre à jouer, mais un président qui doit traduire sur la scène internationale le consensus européen. Nous avons toujours mis l’accent là dessus et à juste titre. Si quelqu’un occupait ce poste avec une autre vision, très vite il échouerait. L’Europe n’est pas faite pour être présidée par un Barack Obama ou un Hu Jintao.

La désignation de M. Van Rompuy, défenseur de la méthode communautaire, est aussi tout bénéfice pour la Commission…

Le pouvoir décisionnel se concentre dans le chef du Conseil européen. Les grands arbitrages y seront dorénavant faits, ce qui était d’ailleurs une évolution depuis un certain temps. Mais il y a un élément à ne pas sous-estimer : dorénavant, il pourra voter, et votera, à la majorité qualifiée. Cela changera tout à fait la nature de la prise de décision, c’est un pas vers la méthode communautaire. La Commission peut être très importante. Il ne faut pas oublier que le Parlement est devenu très puissant et il me semble être l’allié naturel de la Commission et vice-versa. Je pense que, dans les années à venir, les relations entre les institutions vont changer et la Commission a une très grande chance de devenir à nouveau plus importante dans la construction européenne.

Mais José Manuel Barroso pourra-t-il saisir cette chance ?

C’est en tout cas son ambition.

Que pensez-vous des critiques de la presse à la suite des nominations de M. Van Rompuy et Mme Ashton ?

Il y a toujours des critiques quand il se passe quelque chose ! Il faudra juger sur les faits. Je reste confiant pour eux deux.

N’y a-t-il pas un danger pour l’Union dans le fait que les Britanniques aient obtenu les Affaires étrangères ?

La Haute représentante ne va pas décider à elle seule de la direction que prendra la diplomatie européenne dans un dossier précis. Ce n’est pas la nature de la bête, l’Union. C’est le Conseil des ministres des Affaires étrangères qui va en décider. Elle devra refléter le consensus.

Herman Van Rompuy président, ne craignez-vous pas de vous retrouver avec un petit portefeuille au sein de la prochaine Commission ?

Je ne répondrai pas à cette question.

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