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union européenne

Profils discrets et grandes ambitions

Sabine Verhest

Mis en ligne le 21/11/2009

M. Van Rompuy et Mme Ashton devront faire mentir leurs détracteurs.

Bien sûr, ils ont reçu les félicitations du président américain Barack Obama et du Premier ministre chinois Wen Jiabao. Mais le Belge Herman Van Rompuy et la Britannique Catherine Ashton restent méconnus - pour ne pas dire inconnus - sur la scène internationale, et leur discrétion naturelle ne les transformera pas en personnalités flamboyantes.

L’Union européenne s’est ainsi réveillée d’humeur maussade, vendredi matin, à l’image des articles de la presse internationale (lire ci-contre). Le trio qui incarne désormais l’Europe, avec José Manuel Barroso, Herman Van Rompuy et Catherine Ashton, ne fait objectivement pas rêver une Union en mal de reconnaissance sur la scène mondiale. "L’Europe a atteint le fond", a asséné hier le Franco-Allemand Daniel Cohn-Bendit, coprésident des verts au Parlement européen. "Après avoir nommé un président faible de la Commission européenne", les chefs d’Etat et de gouvernement "ont désormais nommé un président du Conseil fade et une Haute représentante insignifiante". Coup d’estoc : "Ils poursuivent leur travail d’affaiblissement des institutions européennes." Vraiment ? Tentative de réponses aux quelques questions qui se posent en ce lendemain de veille.

1 Herman Van Rompuy convient-il à la fonction ? Oui et non. On l’imagine aisément faire merveille pour préparer et animer les réunions du Conseil européen autant que pour y forger des consensus. Dorénavant, "ce que je pense n’a pas d’importance" , a-t-il déclaré jeudi soir. Ses qualités et sa personnalité conviennent parfaitement à ce volet de la fonction. On l’imagine plus mal, en revanche, endosser avec entrain le costume de représentant de l’Union sur la scène internationale. Lui-même avait d’ailleurs estimé, le 30 octobre dernier, que ce n’était pas là la partie la plus importante du job. Il se trouvera pourtant bien aux premières loges en cas de conflit international par exemple, comme lorsque la guerre éclata entre la Géorgie et la Russie. Nicolas Sarkozy, alors président du Conseil européen, avait joué les bons offices avec succès. Herman Van Rompuy aurait-il eu la même force de persuasion face au président Dmitri Medvedev ? Ses défenseurs pourront toujours rétorquer que le problème se serait en tout cas posé si la Slovénie ou Chypre avait présidé l’Union en pareille circonstance

2 Les Vingt-sept voulaient-ils un président flamboyant ? Non. Certains voulaient améliorer le fonctionnement interne du Conseil, mais sans se faire voler la vedette par un George Washington européen rêvé par Valéry Giscard d’Estaing, ni devoir abandonner les rênes des affaires européennes. D’autres craignaient qu’un président doté de pouvoirs étendus ne rompe l’équilibre institutionnel au détriment de la Commission et de la méthode communautaire. Les Belges eux-mêmes avaient tout fait, lors des négociations institutionnelles, pour réduire l’envergure du poste de président du Conseil européen à celle d’un gentil organisateur. Ces deux courants, opposés, se sont donc retrouvés autour d’une même "ambition".

3 Y a-t-il un danger à voir une Britannique prendre les rênes des Affaires étrangères européennes ? En décrochant pour Catherine Ashton le poste de Haut représentant, les Britanniques ont gagné sur deux tableaux. Ils ont placé une des leurs à la vice-présidence de la Commission et ont la main pour formater une nouvelle fonction à l’image de ce qu’ils entendent en faire. Or le Haut représentant est censé impulser de nouvelles initiatives en matière de politique étrangère commune et, à part l’intérêt marqué en son temps par Tony Blair pour la défense, le Royaume-Uni est traditionnellement réticent en la matière dès que cela ne colle pas à son image.

4Catherine Ashton fait-elle le poids ? Lorsque Javier Solana a été nommé Haut représentant, il avait derrière lui une carrière de chef de la diplomatie et de secrétaire général de l’Otan. Son successeur n’a acquis qu’une année d’expérience internationale en devenant commissaire au Commerce. "Jugez-moi sur ce que je ferai", a-t-elle rétorqué aux critiques, avant d’ajouter être adepte d’ "une diplomatie discrète". Mme Ashton, comme M. Van Rompuy, devra réussir à se faire connaître et respecter sur la scène internationale.

On l’aura donc compris, en désignant un duo discret pour l’incarner sur la scène internationale, aux côtés des José Manuel Barroso (Commission), Jean-Claude Juncker (Eurogroupe) ou Jean-Claude Trichet (Banque centrale), l’Union européenne n’a pas rendu son leadership plus clair aux yeux du monde, ni mis tout en œuvre pour accroître son influence sur la scène internationale. Reste à Herman Van Rompuy et Catherine Ashton à démontrer qu’ils peuvent surprendre et faire mentir leurs détracteurs.

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