Abonnez-vous a La Libre Belgique

minarets

Un léger vent suisse sur la droite française

Bernard Delattre

Mis en ligne le 01/12/2009

A droite, les minarets ne sont pas toujours jugés “indispensables”. Du coup, la gauche voit le débat suisse faire “tache d’huile” dans l’Hexagone.
Correspondant permanent à Paris

Pays où est établie la plus grande communauté musulmane d’Europe, évaluée à une demi-douzaine de millions d’âmes, l’Hexagone pouvait difficilement rester insensible au résultat de la votation suisse sur les minarets. A fortiori que, ces dernières semaines, le débat sur l’identité nationale y fait rage, la gauche ayant accusé Nicolas Sarkozy de "faire honte à la France" (dixit la socialiste Martine Aubry) en liant cette thématique identitaire à la question de l’immigration. Si, comme dans les autres nations du monde, la majorité des réactions françaises ont regretté la décision populaire suisse, à Paris, le débat sur les minarets a vite tourné à la controverse franco-française.

Dès dimanche soir, il faut dire, le secrétaire général de l’UMP, Xavier Bertrand, avait pris soin de ne pas déplorer la décision suisse, se disant même "pas certain" qu’en France, on ait besoin de minarets pour pratiquer l’Islam. Avant de faire un curieux raccourci entre ces constructions, si visibles, et "une pratique de la religion dans des endroits qui seraient clandestins".

Lundi, les porte-parole de l’UMP ont abondé dans ce sens. Dominique Paillé s’est dit "pas sûr" que les minarets soient "indispensables", à l’inverse des clochers sur les églises, qui sont eux l’"héritage historique" d’une religion présente "avant l’avènement de la République". "Il n’est pas question de voir prospérer les minarets" au détriment des règles urbanistiques et des us et coutumes français, a renchéri son collègue Frédéric Lefèbvre.

Mais cette position ne fait pas l’unanimité à droite.

Ainsi, le chef de file des députés UMP à l’Assemblée, Jean-François Copé, a vu dans l’issue du vote suisse un "message très dur de stigmatisation d’une pratique religieuse", qui va "encourager toutes les formes d’amalgames" à propos de l’islam. Interrogé sur les positions des dirigeants de son parti, il a sèchement estimé n’être "plus chargé de commenter les commentaires". Le sénateur-maire de Marseille et ténor de l’UMP, Jean-Claude Gaudin, a envoyé ses adjoints rappeler dans les médias que la future grande mosquée de sa ville serait coiffée d’un minaret et que cela ne posait pas de problème.

Le malaise était tout autant perceptible dans les rangs des partis ralliés à l’"ouverture" sarkozyste. Le ministre (néo-centriste) de la Défense Hervé Morin a déploré que les lieux de culte musulmans puissent être vécus comme "une marque d’hostilité". Du côté des ex-socialistes, le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner s’est dit "un peu scandalisé" par le résultat de la votation suisse, qu’il a assimilé à "une expression d’intolérance". Et son collègue de l’Immigration, Eric Besson, a souhaité que la France évite ce débat sur les minarets, qui paraît "stigmatiser l’islam".

Les seuls en France à s’être réjouis ouvertement lundi de la décision suisse furent les dirigeants d’extrême droite, une famille habituée (comme les souverainistes de Philippe de Villiers) aux tirades contre les "mosquées cathédrales". Ainsi, Marine Le Pen a jugé nécessaire de "remettre à leur place les gens qui veulent vivre leur religion de façon ostentatoire". Et la fille du président du Front national a mis la ville de Strasbourg au défi d’organiser un référendum municipal sur la prochaine grande mosquée qui sera érigée dans cette ville.

A l’inverse, tous les représentants de l’islam de France ont regretté l’issue du vote de dimanche, qui a également été déplorée par les médias et tous les partis démocratiques.

Mais là aussi, le débat a vite repris une tournure hexagonale. Se référant aux propos "électoralistes" de Xavier Bertrand, le socialiste Pierre Moscovici a jugé "extrêmement inquiétant" qu’"au fond, les Suisses montrent la voie". Son collègue Benoît Hamon a redouté que la question des minarets se pose aussi en France, comme partout où l’on fait "de l’étranger ou de l’immigré un bouc émissaire". Un ton plus haut, l’écologiste Noël Mamère a dit "craindre que cette votation suisse fasse tache d’huile en France et que certains politiciens véreux, à la recherche désespérée des voix de l’extrême droite, instrumentalisent cette question de la religion". Comme en écho, le Nouveau parti anticapitaliste d’Oliver Besancenot a accusé l’UMP de "souffler sur les braises de l’intolérance" pour "récupérer les voix du FN".

En raison de débordements systématiques, nous n'autorisons plus les commentaires dans cet article.

Autres Informations

Facebook

À ne pas manquer

ESSENTIELLE

Retrouvez toute l'actualité féminine, mode et bien-être sur le site essentielle.be

Voyages

Destinations exclusives et parcours culturels.

Emploi

Trouvez un job

Haut de page