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Chine

La Charte 08, un défi audacieux lancé par des intellectuels aux autorités chinoises

Sabine Verhest

Mis en ligne le 23/12/2009

Ils appellent à la démocratisation du régime communiste.

"Où va la Chine au XXIe siècle? Poursuivra-t-elle sa "modernisation" autoritaire, ou épousera-t-elle les valeurs universelles, rejoindra-t-elle le lot commun des nations civilisées et bâtira-t-elle un système démocratique? Il n’est pas possible d’éluder ces questions." Dès leur introduction, les auteurs de la Charte 08 vont droit au but. Aux yeux de ces universitaires, avocats et autres dissidents, le régime communiste chinois doit se réformer en profondeur, politiquement et juridiquement, pour se démocratiser. Elaborée par trois cents intellectuels, la Charte 08 a été diffusée sur Internet le 9 décembre 2008 et paraphée, depuis, par plusieurs milliers de personnes - 10 000, selon le réseau des Chinese Human Rights Defenders. Mais, du texte à la réalité, le chemin reste long dans ce pays dont la Constitution proclame que "l’Etat respecte et protège les droits de l’homme". Le sort fait aux signataires de la Charte 08 en témoigne largement: l’intellectuel Liu Xiaobo passe en jugement ce mercredi, tandis que de nombreux autres signataires de ce texte sont interrogés, harcelés et pressés par les autorités chinoises de se renier publiquement. "La réalité, qui est visible à l’œil nu, est que la Chine a de nombreuses lois mais pas d’Etat de droit, elle a une Constitution mais pas de gouvernement constitutionnel. L’élite au pouvoir continue de s’accrocher à son pouvoir autoritaire et à repousser toute évolution vers des changements politiques", assènent les signataires. Leur texte, audacieux, s’inspire de la Charte 77, une pétition lancée par des dissidents tchécoslovaques (dont Vaclav Havel) pour protester contre l’attitude répressive du gouvernement communiste de Gustav Husak et lui rappeler publiquement ses engagements en matière de respect des droits de l’homme. Selon les experts, la Charte 08 constitue probablement le manifeste politique contestataire le plus élaboré depuis le Printemps de Pékin. Jamais, depuis les célèbres manifestes publiés (sous forme de "dazibao") dans les années 1978 et 1979, les opposants chinois n’avaient formulé de façon si aboutie une vision alternative de la gouvernance de leur pays. Les 300 intellectuels y lancent un défi sans précédent, en proposant dix-neuf mesures pour faire en sorte que "les citoyens soient les maîtres de leur Etat". Ainsi réclament-ils la reconnaissance effective des libertés d’expression et d’association, appelant à "mettre fin au privilège spécial accordé à un parti qui a le droit de monopoliser le pouvoir". Ils exigent aussi la protection de la propriété privée et de l’environnement ou encore l’instauration d’un pouvoir judiciaire indépendant et la séparation de la religion et de l’Etat. "Nous devons garantir la liberté religieuse et de foi", écrivent-ils, "il ne doit pas y avoir d’ingérence du gouvernement dans les activités religieuses pacifiques". Mais la Charte 08 dépasse les revendications civiles et politiques pour fustiger le modèle de développement poursuivi depuis 30 ans. La modernisation "a privé le peuple de ses droits, détruit sa dignité et corrompu le cours normal des relations humaines". Les auteurs stigmatisent la "corruption officielle endémique", fustigent "l’effondrement de toute éthique publique", le "capitalisme de copinage", les "inégalités croissantes entre riches et pauvres", le "pillage des ressources naturelles". Et défendent l’universalité des droits de l’homme que le régime communiste, comme d’autres dictatures dans le monde, se refuse à considérer.

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