La Libre.be > Actu > International > Article
Chine
Le dissident Liu risque quinze ans
S.Vt.
Mis en ligne le 23/12/2009
Le conseil s’est, semble-t-il, révélé aussi ferme que menaçant. La sécurité d’Etat a vivement dissuadé plusieurs dissidents chinois d’assister cette semaine au procès de l’intellectuel Liu Xiaobo. Derrière les barreaux depuis plus d’un an déjà, l’écrivain et professeur de littérature a été inculpé pour "subversion du pouvoir de l’Etat". M. Liu avait été interpellé le 8 décembre 2008, la veille de la publication de la "Charte 08". Ce document diffusé sur Internet, dont il est l’un des auteurs, appelle notamment au respect des droits de l’homme et à l’instauration d’élections pour un "pays libre, démocratique et constitutionnel" (lire ci-dessous). S’il est reconnu coupable, M. Liu, dont l’épouse ne peut assister au procès, encourt une peine maximale de quinze ans de prison, au dire de son avocat.
L’intellectuel avait déjà été arbitrairement emprisonné pendant plusieurs années, à deux reprises, sans avoir jamais été condamné pour aucun délit. Il avait été l’un des grévistes de la faim sur la place Tian’anmen au printemps 1989.
"Des responsables de la sécurité d’Etat sont venus chez moi et m’ont dit de ne pas aller au procès", a témoigné Ding Zilin, chef de file des Mères de Tian’anmen, association qui lutte pour obtenir la vérité sur la répression du mouvement démocratique de juin 1989. "C’est injuste, Liu ne devrait pas être poursuivi. Il est accusé en raison de la Charte 08, ce qui prouve que la Chine en a besoin", a déclaré Mme Ding, cité par l’Agence France-presse.
Bao Tong, ancien proche de Zhao Ziyang, le secrétaire général du parti communiste chinois limogé en 1989, a également déclaré avoir été mis en garde. "J’ai insisté sur le fait que j’étais impliqué dans le dossier. Si Liu Xiaobo doit être jugé, je dois l’être aussi. Ils ne m’ont pas écouté", a-t-il expliqué à l’AFP. Chen Ziming, qui a passé treize ans en prison ou sous résidence surveillée après les manifestations de Tian’anmen, a reçu le même genre d’avertissement.
Des diplomates de l’Union européenne et des Etats-Unis ont demandé à assister au procès mais un responsable au tribunal de Pékin, où doit être jugé M. Liu, a indiqué avoir rejeté leurs requêtes en raison du manque de sièges disponibles. Pékin avait, cela dit, déjà qualifié d’"inacceptables" les appels de Bruxelles et Washington à l’élargissement de Liu Xiaobo. L’Union européenne avait en effet réclamé, le 14 décembre, la libération "sans condition" du dissident chinois et appelé le gouvernement "à faire cesser le harcèlement et la détention des autres signataires de la Charte 08", selon le communiqué publié par la présidence suédoise. "L’UE réitère sa profonde préoccupation devant le maintien en détention, l’inculpation et le procès à venir de l’éminent défenseur des droits de l’homme." Mais "la Chine est un Etat de droit", réagissait dès le lendemain la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Jiang Yu. "Les droits fondamentaux des citoyens chinois sont garantis par la loi", et "les institutions judiciaires chinoises traitent cette affaire en toute indépendance". Bref - refrain connu - "les étrangers n’ont pas le droit d’interférer".
Une dizaine de jours après l’arrestation de M. Liu, plusieurs dizaines d’intellectuels du monde entier avaient envoyé au président Hu Jintao une lettre réclamant sa libération immédiate. Parmi les signataires, se trouvaient Umberto Eco et Salman Rushdie, ainsi que les prix Nobel de littérature Wole Soyinka, Nadine Gordimer et Seamus Heaney. Liu Xiaobo est "un intellectuel hautement considéré en Chine comme à l’extérieur", écrivaient-ils, et le traitement qui lui est infligé viole à la fois le droit international et la législation chinoise. La liberté d’expression est en effet inscrite à l’article 35 de la Constitution de la République populaire de Chine.
10mn28 pour gravir l’Empire...
Barack Obama teste une arme redoutable
Parodie: Sarkozy face à la crise
Charles et Camilla fêtent Dickens