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Liu Xiaobo, 11 ans de prison pour subversion

AP

Mis en ligne le 25/12/2009

La Charte appelle aussi à la rédaction d'un nouvelle constitution garantissant les droits humains, à l'élection libre des responsables publics, à la liberté de religion et d'expression.

Lourde peine pour Liu Xiaobo: malgré les appels à la clémence des ambassades étrangères, le dissident chinois a été condamné vendredi à 11 ans de prison pour avoir appelé à la réforme politique et à la fin du monopole du parti communiste en Chine. Liu Xiaobo est l'un des auteurs de la charte 08, un appel à la libéralisation politique publié il y a un an. Les organisations de défense des droits de l'Homme ont vu dans sa lourde condamnation un avertissement envers ceux qui défient l'autorité du parti unique.

«C'est un avertissement explicite du gouvernement aux intellectuels chinois, aux militants de la société civile et aux défenseurs des droits humains, que ceux qui seront perçus comme des menaces au monopole du pouvoir seront sévèrement punis», analyse Phelim Kine, chercheur sur l'Asie pour Human Rights Watch. Les appels à la clémence des ambassades étrangères et l'appui d'écrivains du monde entier, d'Umberto Eco à Salman Rushdie en passant par Vaclav Havel, n'y ont rien fait, Pékin y voyant au contraire de «grossières interférences» dans ses affaires internes.

Les juges ont considéré qu'il s'agissait d'un crime grave, lors d'une audience expéditive en deux heures mercredi. L'épouse du dissident, Liu Xia, a annoncé à l'Associated Press que son mari avait l'intention de faire appel de sa condamnation. «Nos avocats s'entretiendront la semaine prochaine avec les autorités au sujet de cet appel», a-t-elle expliqué, précisant que son mari était resté calme au moment du verdict. Il a demandé des nouvelles de leurs proches lors d'une brève entrevue après l'audience. Liu risquait jusqu'à 15 ans de détention, mais c'est la peine la plus lourde prononcée pour ce motif depuis l'instauration du chef de subversion au pouvoir d'Etat en 1997, d'après une organisation de défense des droits de l'Homme de San Francisco. Ce motif est fréquemment utilisé à l'encontre des dissidents pour les emprisonner. C'est un des points dénoncés par la charte. «Nous devrions cesser la pratique qui consiste à qualifier de crimes des mots», dit le texte.

«Nous sommes profondément préoccupés par la condamnation à onze ans de prison annoncée aujourd'hui», a réagi le premier secrétaire de l'ambassade des Etats-Unis à Pékin, Gregory May. «Persécuter des individus parce qu'ils ont exprimé de manière pacifique leur point de vue politique est en contradiction avec les normes reconnues internationalement des droits de l'Homme». Liu Xiaobo avait été placé en détention il y a un an, juste avant la publication de la Charte 08. Plus de 300 personnalités, dont des intellectuels chinois de premier plan, ont signé cet appel avant sa sortie. Certains ont perdu depuis leur poste.

La Charte appelle aussi à la rédaction d'un nouvelle constitution garantissant les droits humains, à l'élection libre des responsables publics, à la liberté de religion et d'expression. Dix-mille personnes l'ont signé depuis un an, malgré la censure du texte sur Internet qui fait que peu de Chinois en sont informés. Liu, ancien professeur à l'Ecole normale de Pékin, avait aussi été condamné à 20 mois de détention pour avoir rejoint le soulèvement étudiant de la place Tiananmen en 1989.

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