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Haïti
Une plaie de plus pour Haïti
Olivier le Bussy
Mis en ligne le 14/01/2010
Le puissant séisme de mardi soir est la dernière chose dont Haïti avait besoin. Car le pays, situé sur la partie occidentale de l’île d’Hispaniola - la plus grande des Antilles, dont la partie orientale est occupée par la République dominicaine -, est le plus pauvre du continent américain et l’un des plus déshérités au monde. En témoigne son classement, 149e (sur 182) sur l’indice de développement humain du Programme des Nations unies.
Les trois quarts des 10 millions d’habitants du pays - notamment ceux qui survivent dans les bidonvilles de la capitale, Port-au-Prince, de Cap-Haïtien, des Gonaïves, de Cayes ou d’ailleurs - vivent avec moins de deux dollars (environ 0,68 euro) voire un dollar par jour, pour les 54 % de la population qui se trouvent sous le seuil d’extrême pauvreté.
Conséquence de cette pauvreté: en Haïti, un enfant sur six n’atteint pas son premier anniversaire. Et dans ce pays où 4 millions de personnes ont moins 18 ans, seuls la moitié des enfants fréquentent l’école primaire, tandis qu’ils ne sont plus que 20 % à suivre l’enseignement secondaire.
Quant aux rares richesses du pays, elles sont inéquitablement partagées, entre une élite représentant environ 1 % de la population et la majorité créole, la première conservant entre ses mains la moitié des biens du pays.
Les autres sont contraints de se débrouiller pour nouer les deux bouts, alors que le taux de chômage grimpe à 65 %. Deux tiers des Haïtiens tirent leurs moyens de subsistance de l’agriculture (canne à sucre, banane, mangue, riz et café) et de l’élevage. Les autres ressources du pays sont la pêche et l’industrie de l’assemblage (électronique et textile). Alors que l’autre côté de l’île, la République dominicaine est une destination prisée des voyageurs, l’industrie touristique du pays du vaudou reste anémique, notamment en raison de l’instabilité politique et de l’insécurité chroniques qui y règnent.
Pour couronner le tout, Haïti a essuyé des coups très durs en 2008. Les effets de la flambée des prix du pétrole et de la crise alimentaire mondiale s’y sont particulièrement fait sentir, provoquant des émeutes de la faim. De plus, la saison des cyclones a fauché des centaines de vies et les tempêtes balayé les infrastructures - d’autant que la déforestation sauvage a rendu Haïti très vulnérable aux inondations - occasionnant un coût estimé à 15 % de la richesse nationale. Aussi l’économie haïtienne, la moins développée de l’hémisphère nord, est plus que jamais tributaire de l’assistance internationale - Haïti reçoit 500 millions de dollars par an (343 millions d’euros), et, en 2009, une conférence des donateurs internationaux a promis de fournir une rallonge de 250 millions d’euros pour les deux années à venir. Comme elle l’est des transferts de fonds des 2 millions d’Haïtiens émigrés en Amérique du Nord, en France ou en République dominicaine, qui comptent pour 30 % du PIB.
Enfin, depuis qu’Haïti a pris son indépendance de la France, en 1804, après une révolte des esclaves noirs, la vie politique n’y a jamais été un long fleuve tranquille. Occupé par les Etats-Unis de 1915 à 1934, Haïti a ensuite vécu, de 1957 à 1986, sous la dictature de François "Papa Doc" Duvalier puis de son fils Jean-Claude dit "Bébé Doc".
Et si le prêtre Jean-Bertrand Aristide fut élu Président au suffrage universel, une première, en 1990, il fut renversé par un coup d’Etat militaire l’année suivante. En 96, l’actuel président, René Préval, proche d’Aristide, devint une première fois chef de l’Etat, avant que l’ancien homme d’Eglise ne reprenne le pouvoir en 2001, au terme d’un scrutin boycotté par l’opposition.
Le second mandat d’Aristide ne fut pas moins mouvementé. Marqué du sceau de la corruption généralisée jusqu’aux plus hauts niveaux politiques, policiers et judiciaires, phénomène favorisé par le fait qu’Haïti est une plaque tournante du trafic de drogue entre la Colombie et les Etats-Unis, il finit en eau de boudin en 2004. Aristide fut contraint de s’exiler, en 2004, suite à une insurrection armée et aux pressions conjuguées de Paris, Washington et Ottawa. Depuis, la présence de 7 000 Casques bleus et 200 policiers internationaux sous mandat onusien (la Minustah) prévient tout basculement du pays dans le chaos.
Redevenu Président en 2006, René Préval tente d’apporter à Haïti un peu plus de stabilité. Avec plus ou moins de succès. La croissance a progressé, l’insécurité baisse, mais la pauvreté reste endémique, les inégalités perdurent et la vie politique est toujours agitée de soubresauts. La Première ministre Michèle Michelle Pierre-Louis n’aura tenu qu’un an, avant d’être destituée par le Sénat et remplacée par Jean-Max Bellerive. En principe, 2010 sera une année d’élections législatives et présidentielles. Reste à voir si les circonstances feront apparaître la nécessité d’une union sacrée.
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