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La Belgique n’est pas à l’abri d’un gros séisme et n’est pas prête à y faire face
J.-C.M
Mis en ligne le 15/01/2010
Pour rédiger cet article, nous nous sommes basés sur les indications de Thierry Camelbeeck, sismologue à l’Observatoire royal d’Uccle, et sur celles de l’Institut français pour l’exploitation de la mer (www. ifremer.fr).
1Qu’est-ce qu’un tremblement de terre ? Il s’agit d’un phénomène instantané résultant du glissement instable de deux compartiments de la partie supérieure de la croûte terrestre le long d’une zone de faille. La surface de faille affectée peut varier, de quelques m2 pour les tremblements de terre les plus faibles à plusieurs milliers de km2 pour les séismes les plus importants. Dans les régions continentales, la zone dans laquelle les séismes prennent naissance s’étend d’une profondeur proche de la surface de la Terre à des profondeurs de 10 à 25 km selon la région. Les tremblements de terre sont définis comme grands lorsqu’ils affectent toute l’épaisseur de cette zone séismogène. Dans ce cas, des ruptures peuvent se produire à la surface. Les séismes sont pour la plupart causés par les mouvements des plaques lithosphériques qui se déplacent les unes par rapport aux autres à la surface du globe. Quand celles-ci s’affrontent le long de leurs marges, les roches impliquées dans le mouvement, au voisinage de la zone de friction, se déforment progressivement. Le séisme se produit lorsque les roches déformées se cassent, libérant de manière quasi instantanée l’énergie emmagasinée sous la contrainte.
2Quelles sont les régions du monde le plus exposées ? Il s’agit du domaine de convergence Afrique-Eurasie-Inde, englobant le pourtour de la Méditerranée, la région Iran-Pakistan-Afghanistan, l’Asie Centrale, le nord de l’Inde et la Chine; des domaines de subduction circum-Pacifique englobant le continent américain mais aussi le Japon, Taïwan, les Philippines, l’Indonésie et la Papouasie; des arcs volcaniques, tels que les Antilles et les Caraïbes; des domaines émergés de coulissage entre plaques (la Californie par exemple).
3Quelle est la nature des failles ? Lorsque les frontières de plaques sont matérialisées par des failles bien définies (exemple, la faille de San Andreas, en Californie), les séismes se produisent de façon récurrente. En revanche, lorsque les limites de plaques sont moins nettes, la déformation du sol se produit sur des bandes de plusieurs centaines de kilomètres. La sismicité est alors diffuse et complexe à étudier.
4Quid de la prévention ? A défaut de pouvoir prévoir date et lieu des séismes, on peut agir pour en limiter les dégâts. Cela passe par une bonne évaluation de l’aléa sismique; des plans d’urbanisme répondant à des règles para-sismiques; le renforcement du bâti ancien; la mise en place de plans d’urgence efficaces.
5Peut-on prévoir les séismes ? Si la prévision consiste à définir, dans une région donnée, la probabilité d’occurrence d’un séisme majeur dans les cinquante ans qui viennent, on peut fournir des réponses relativement précises (en termes de probabilité), surtout pour les zones les plus exposées. Par contre, si la prévision est à court terme, l’expert ne peut apporter suffisamment de données objectives pour y parvenir.
6Le risque sismique est-il élevé en Belgique ? Dans nos régions, il est désormais établi que des tremblements de terre de magnitude supérieure à 6.0 peuvent se produire. Les documents historiques suggèrent que, depuis le 14e siècle, au moins trois tremblements de terre ont atteint une magnitude de l’ordre de 6.0 à 6.5. De même, les méthodes de la paléoséismologie appliquées le long de la bordure nord-est du plateau de Campine (région de Bree, dans le Limbourg) ont montré l’occurrence de séismes de magnitude comprise entre 6.3 et 6.6 avec une période moyenne de retour de 12 000 ans. Plus près de nous, on se souvient du séisme d’une magnitude de 5.6 qui frappa les Ardennes flamandes, en 1938; de celui qui toucha Liège le 8 novembre 1983 (d’une magnitude de 4.7, il provoqua de gros dégâts parce que son foyer n’était qu’à 6 km de la surface); de celui qui secoua la région de Roermond (Pays-Bas) toute proche de la frontière belge, le 13 avril 1992; et du chapelet de petits séismes qui ont affecté le Brabant wallon en 2009 et 2010.
7 La Belgique est-elle prête à affronter un séisme d’ampleur ? Non, répond Thierry Camelbeeck. Le sujet n’a jamais été une priorité pour nos décideurs, malgré les mises en garde des scientifiques. L’Union européenne, avec, pour ce qui regarde la Belgique, le concours de l’Observatoire royal d’Uccle et de l’ULg, a instauré des normes antisismiques propres à chaque pays (Eurocode 8), en fonction des zones à risques. Mais ce n’est que le 1er janvier 2011 que ces normes pourraient être intégrées dans les cahiers des charges des architectes et des entrepreneurs ou dans les plans d’aménagement du territoire.
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