La Libre.be > Actu > International > Article
Haïti
Des failles connues depuis longtemps
Mis en ligne le 15/01/2010
Le séisme majeur survenu mardi en Haïti n’a pas surpris les spécialistes. La presqu’île où est construite la capitale, Port-au-Prince, est en effet traversée par "des failles capables de séismes de magnitude 7,1 à 8" , expliquait le Pr Eric Calais, lors d’un cours de géologie donné en Haïti en 2002. Un cours où il soulignait un adage bien connu de la géophysique : "Il y a eu des séismes majeurs, il y aura des séismes majeurs." Or, comme l’explique sans ironie Jean-Paul Montagner, de l’Institut de physique du globe de Paris : "On n’empêche pas les séismes." La science n’est pas plus en état, d’ailleurs, de les prévoir. Elle peut juste dire où, avec quel niveau de violence, et calculer des probabilités de survenue pour une période donnée. C’est déjà pas mal.
Pour Haïti, et singulièrement la région de Port-au-Prince, ce travail a été en grande partie effectué. Hispaniola, l’île où se trouve le pays, se situe sur une "frontière de plaque tectonique", explique Jean-Paul Montagner, ces plaques dont le jeu est à l’origine de la plupart des plus violentes colères de la Terre, volcans et séismes. Haïti se situe sur la plaque caribéenne, qui correspond grosso modo au golfe du Mexique. Cette plaque se frotte à la plaque nord-américaine sur ses frontières nord et est. Un contact rugueux qui se traduit par un mouvement de coulissage entre les deux plaques d’environ 2 centimètres par an, "une vitesse plutôt lente qui explique la longue durée qui peut séparer deux séismes majeurs", précise Jean-Paul Montagner.
Ce contexte tectonique provoque des mouvements composites qui expliquent la récurrence des séismes sur l’île d’Hispaniola. Destruction de Port-au-Prince en 1751 et 1771, destruction de Cap-Haïtien en 1842, séismes de 1887 et 1904 dans le nord du pays avec dégâts majeurs à Port-de-Paix et Cap-Haïtien, séisme de 1946 dans le nord-est de la République dominicaine accompagné d’un tsunami dans la région de Nagua.
Cette frontière est complexe et mal définie, reconnaît le géologue. Au nord de l’île, une faille qui se situe pour l’essentiel en mer, puis se prolonge à terre dans la vallée du Cibao, en République dominicaine, correspond plutôt à un mouvement de subduction (une plaque glisse sous une autre).
Une seconde faille traverse la presqu’île du sud d’Haïti de Tiburon à l’ouest jusqu’à la vallée d’Enriquillo à l’est, en République dominicaine, en passant par Port-au-Prince. Cette faille dite de "décrochement", visible sur la topographie des lieux - et même sur les photos satellite - par la trace qu’ont laissée les séismes passés, est terriblement menaçante. Elle se prolonge en effet sur près de 200 kilomètres, de quoi provoquer un séisme de magnitude 8 (près de dix fois celui qui vient de se produire) si elle avait joué entièrement d’un seul coup. Jean-Paul Montagner estime que le séisme de magnitude 7,1 a dû mobiliser "entre 50 et 80 kilomètres seulement, probablement sur toute l’épaisseur de la croûte terrestre, ce qui rend les différences actuelles de calcul sur sa profondeur assez vaines". Les Haïtiens auraient donc pu faire face à pire, et ce pire fait partie des futurs possibles, insiste le géophysicien, à la suite des travaux d’Eric Calais.
Du coup, Jean-Paul Montagner n’hésite pas à dire que ce séisme dévastateur n’est finalement "pas si fort que cela". Goût de la provocation ? Plutôt solide réalisme de scientifique. "Si un tel séisme, de magnitude 7,1 ou 7,2, était survenu à San Francisco ou au Japon, il aurait produit beaucoup moins de dégâts", souligne-t-il. Car ces dégâts proviennent certes de la puissance du séisme, mais également de la grande vulnérabilité, ou à l’inverse du haut niveau de protection, que les sociétés humaines présentent.
A l’évidence, la société haïtienne n’est pas en état de gérer la zone la plus peuplée sur un site où les tremblements de terre peuvent être aussi puissants. Et la venue de spécialistes exposant en détail l’analyse de ce risque dans les locaux de son gouvernement - en témoigne la leçon d’Eric Calais il y a huit ans - n’a pas changé cette donne sociale et politique.
Sur la frontière est de la plaque caribéenne, et donc soumises aux mêmes tensions tectoniques, on trouve en effet les îles de la Guadeloupe et de la Martinique. Or, souligne Jean-Paul Montagner, "ces îles sont aussi sous la menace de séismes majeurs, qui peuvent atteindre la magnitude 8".
Sylvestre Huet © Libération
Le rire "communicatif" du...
François Fillon à Bruxelles
Le trophée de l'Euro 2012 se...
Il saute d'un hélicoptère...