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Haïti
"Le pays est en cendres"
STÉPHANIE FONTENOY CORRESPONDANTE À NEW YORK
Mis en ligne le 15/01/2010
La nouvelle est tombée hier matin sur les ondes de radio pa nou, une station locale dans la “petite Haïti” de Brooklyn. L’Eglise du Sacré Cœur, un lieu de culte très important dans le quartier huppé de Turgeau, à Port-au-Prince, est en ruine. Petit à petit, la communauté haïtienne exilée apprend la disparition de ses plus importants symboles.
A New York, deux jeunes Haïtiennes, Vanessa Joseph et Patricia Amazan, n’ont pas pu se résoudre à rester seules chez elles devant leur télévision. Sur CNN, la chaîne d’information en continu, le grand titre du jour est “L’enfer en Haïti”. Les images sont insoutenables : corps sans vie qui jonchent les rues de Port-au-Prince, hôpitaux débordés et mer de gravas. Déprimées, les deux amies ont trouvé refuge dans le petit salon de radio pa nou (notre radio, en créole). L’atmosphère y est plus humaine et propice à la conversation. Patrica Amazan en a gros sur le cœur.
“Cette fois ci, c’est la fin pour mon pays. Dans tout ce qui s’est passé avant, la guerre, la pauvreté, les ouragans, nous avions encore nos institutions pour nous raccrocher. Il y avait notre palais national, les églises, les écoles. Aujourd’hui, c’est comme si le pays était en cendres. Les gens sont dans la rue, ou ce qu’il en reste. Il n’y a pas d’endroits pour mettre les cadavres. Je crains surtout pour l’avenir des enfants.”
Le bureau de la petite station FM de Brooklyn ne désemplit pas. Les habitants du quartier viennent en quête d’information fraîche et pour prendre des nouvelles des uns et des autres. Les deux jeunes femmes ont finalement reçu des nouvelles de leurs mamans, qui sont saines et sauves à Port-au-Prince. Mais la maison de la maman de Vanessa est complètement détruite. “On aimerait les faire venir ici. Mais la maison est effondrée et tout est dedans, les papiers, le passeport. Reconstruire, on en doute. On était déjà pauvre, on va être encore plus pauvre. Les gens n’ont pas d’argent pour reconstruire”. A cela s’ajoute l’angoisse des inondations, fréquentes en Haïti. “C’est comme si la ville allait disparaître et emmener ceux qui ne sont pas morts.” Comptent-elles sur le gouvernement haïtien pour aider le pays? “Non, car nous dépendons déjà tellement du concours des pays étrangers. Il faudra encore compter sur eux.” Et aussi sur certains membres influents de la communauté. Le rappeur Wyclef Jean, qui faisait partie du groupe hip hop Fugees, a pris la tête du mouvement de solidarité aux Etats-Unis. Sa fondation, Yéle Haïti, qui finance des écoles en Haïti depuis 2005, récolte des dons via son site internet. Les personnes intéressées peuvent aussi faire des donations par textos.
Dans ce quartier haïtien, la musique sort toujours des échoppes. Mais la population est sous le choc. New York compte plus de 100 000 haïtiens ou descendants d’Haïtiens, la deuxième plus importante communauté du pays après celle de Miami. Les radios locales sont devenues les points de repère de la diaspora. Radio pa nou par exemple a une filiale au Cap-Haïtien, au nord du pays. Dès mercredi, ces animateurs ont pu réaliser des directs avec la mère patrie. Alors que les grands médias américains ont mis du temps à arriver sur place, ces radios locales, qui comptent également Radio Soleil ou Signal FM, ont un réseau de contacts bien établis en Haïti. Et contrairement aux chaînes de télévisions câblées, qui se spécialisent dans le sensationnel, les radios locales relaient l’information pertinente pour la communauté. A commencer par les victimes. “Des noms commencent à venir”, explique le directeur des programmes, Dr Jean-Claude Gilles. Il cite des personnalités des médias, du monde culturel et de la politique, “qui ont péri dans des conditions déplorables. Ce sont un peu les John Lennon et les Charles Aznavour d’Haïti”. “Je suis effondré”, poursuit-il, “mais je crois dans la capacité physique et intellectuelle des Haïtiens de se relever.” Alors que Jean-Claude Gilles préparait hier son émission quotidienne, les programmes réguliers de radio pa nou ont finalement été suspendus. Il explique : “Vu l’urgence de la situation, nous allons nous consacrer à aider les gens”.
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