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France
Burqa : on n’y voit guère plus clair
Bernard Delattre (notre correspondant permanent à Paris)
Mis en ligne le 27/01/2010
Correspondant permanent à Paris
Plus de six mois que la classe politique française débat du port du voile islamique intégral, burqa ou niqab. Pourtant, on n’y voit toujours pas très clair sur l’aboutissement ou non, légal, réglementaire ou non, de ces discussions. Et la remise mardi au président de l’Assemblée nationale du rapport de la mission parlementaire qui planche sur ce sujet depuis l’été n’a pas fondamentalement éclairci les choses.
Sur la demi-douzaine de millions de musulmans que compte la France - la plus grande communauté musulmane d’Europe -, quelque 2 000 femmes porteraient le voile intégral. Cette estimation des autorités a été extrapolée à partir du nombre de lieux de culte sous la houlette des salafistes : rigoristes qui, à l’inverse des représentants officiels de l’islam dans l’Hexagone, imposent cette tenue. Faut-il interdire à ces femmes de porter la burqa ? Mardi, au terme de 200 auditions, la mission parlementaire ad hoc a formulé dix-huit propositions parmi lesquelles ne figure pas une telle prohibition générale. Car elle poserait des "questions juridiques complexes". Réglementer les conditions d’accès aux services publics est une chose, et la France le fit dès 2004, en interdisant tout signe religieux ostensible dans les établissements d’enseignement publics. Mais légiférer sur la tenue vestimentaire arborée sur la voie publique en est une autre. Et nombre de juristes ont mis les élus en garde contre les risques d’inconstitutionnalité d’une prohibition générale de la burqa. Or "il ne faut pas se rater", a familièrement mais assez efficacement résumé mardi le député et ex-ministre UMP de la Ville Eric Raoult. Pour l’autorité symbolique de la République, a fortiori en ces matières délicates et vu le contexte intercommunautaire pas rarement tendu, "il n’y aurait rien de pire que de proclamer quelque chose puis de le voir cassé" par le Conseil constitutionnel ou par la Cour européenne des droits de l’homme. La mission a donc plaidé plutôt pour l’adoption solennelle par le Parlement d’une résolution condamnant le port du voile intégral. Résolution qui, à défaut d’avoir le moindre caractère juridiquement contraignant, aurait, espèrent ses partisans, une portée symbolique marquante. Les parlementaires ont aussi préconisé le vote d’une loi interdisant de "dissimuler son visage" dans les services publics, voire dans les espaces privés accueillant du public.
Mais, pour ne rien simplifier, ces préconisations ne font pas l’unanimité. Alors que la condamnation de la burqa et de ce qu’elle symbolise en termes de statut de la femme fait, elle, consensus dans la classe politique. Et alors que l’opinion, comme l’a rappelé un énième sondage sur le sujet rendu public mardi, réclame majoritairement l’interdiction du port d’un tel vêtement. A droite, quelque deux tiers des députés UMP, derrière leur chef de file Jean-François Copé, veulent qu’on aille plus loin qu’"une demi-loi" : qu’on punisse le port de la burqa d’une contravention de 750 euros. A gauche, le PS fustige "la surenchère" de l’UMP. Et s’oppose à une "loi de circonstances, qui n’aurait pas les effets escomptés" et qui serait "polluée" par le débat en cours sur l’identité nationale, à son sens peu fraternel envers l’islam. Mais des élus de l’aile droite de ce parti ont déjà dit qu’ils voteraient une telle loi. Au gouvernement, on compte à peu près autant de nuances sur une éventuelle loi anti-burqa que de ministres. Et y compris à l’Elysée, on ressent un certain flottement. Non sur la burqa en tant que telle - "un signe d’asservissement" de la femme, qui "n’est pas le bienvenu en France", a dit et répété Nicolas Sarkozy - mais sur son éventuelle prohibition légale.
Ce n’est d’ailleurs peut-être pas un hasard (politique) si mardi, le jour donc du dépôt de ce rapport sur la burqa, le chef de l’Etat est allé s’incliner sur les tombes musulmanes d’un cimetière récemment profanées. Alors que, dans ses dernières prestations télévisées, l’hôte de l’Elysée s’est attaché à montrer un profil plus rassembleur et que, dans ses vœux de Nouvel An, il a même explicitement invité ses compatriotes à davantage de concorde communautaire.
Alors, aussi, que les responsables de l’islam de France, s’ils ne sont pas contre "des dispositifs réglementaires" prohibant le voile intégral dans les services publics, sont mécontents de la tournure prise par le débat autour de ce vêtement. Qui, selon eux, a contribué "à stigmatiser la religion musulmane et à faire naître un sentiment d’injustice même chez les musulmans hostiles au voile intégral".
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