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De Villepin en 2012 ? Pas si vite
Bernard Delattre
Mis en ligne le 29/01/2010
Relaxé jeudi par le tribunal correctionnel de Paris dans l’"affaire Clearstream", Dominique de Villepin peut désormais, comme il en a d’emblée exprimé le souhait, se "tourner vers l’avenir", pour "servir les Français" et contribuer "au redressement de la France". Pour autant, la voie royale d’une candidature aux présidentielles de 2012 s’ouvre-t-elle à lui ?
D’abord, il faut qu’il en ait l’envie. L’ex-Premier ministre (2005-2007) a déclaré jeudi soir que 2012 n’était pas sa "préoccupation". Mais les députés villepinistes ont insisté sur son "destin national", son envie de "rassembler les Français", ses "idées sur ce dont notre pays a besoin" et son "regard" politique, qui "ne porte pas à court à moyen et à long terme". Un sondage, cet hiver, l’a crédité de 8 % d’intentions de vote s’il briguait l’Elysée en 2012. Ce qui ne le ferait pas élire mais lui conférerait au moins "un pouvoir de nuisance" contre le candidat officiel de la droite, comme on le reconnaît à demi-mots à l’UMP. Dans ce cas de figure, "en 2012, Villepin pourrait être à Sarkozy ce qu’a été Chevènement à Jospin en 2002", répète-t-on en ce moment à Paris. Par allusion à l’ex-ministre souverainiste de l’Intérieur, dont les 5 % des voix avaient manqué au socialiste pour accéder au second tour.
Ce socle de popularité de base, éventuel matelas présidentiable, dont jouit Dominique de Villepin, il pourrait croître dès l’issue de ce procès. En effet, le statut d’"homme blessé", victime d’"acharnement" politico-judiciaire, pourrait plaire aux sondés. En plus, l’homme sait y faire avec les médias, qui, du coup, l’adorent et lui donnent un écho sans commune mesure avec son poids. Ses récents déplacements en banlieue ont montré qu’il était populaire là où son rival Nicolas Sarkozy ne l’est pas, ce qui n’est pas rien. Sa personnalité et son style atypiques pourraient tenter des déçus de la Sarkozie. De même, les Français gardent un souvenir ému de la période de gloire villepiniste, lorsqu’il faisait vibrer le Conseil de sécurité de l’Onu sur l’Irak.
Mais ces atouts ne font pas tout.
S’il a été ministre et chef de gouvernement, Dominique de Villepin n’a jamais été élu. L’opinion pourrait donc le trouver un peu vert pour la tête de l’Etat. S’il compte pas mal de partisans dans les sondages, il n’est entouré que d’une poignée de militants : son "Club Villepin" ne revendique que 8000 adhérents, loin de l’armée de militants de l’UMP. N’étant pas à la tête d’un parti, il n’a, à ce stade, pas les moyens d’une candidature présidentielle. Il n’a pas davantage de réseaux : on ne compte qu’une dizaine de députés étiquetés villepinistes, contre des centaines de députés sarkozystes.
S’il veut crédibiliser son caractère présidentiable, Dominique de Villepin devra aussi trouver, outre des fonds et des troupes, un ton. Ne pas se laisser enfermer dans la double image, trop étroite pour un présidentiable, d’anti-sarkozyste et d’homme des rivalités du passé.
Ce repositionnement a-t-il déjà débuté ? Habilement, l’homme a assuré jeudi vouloir "tourner la page" et se situer "dans un esprit de rassemblement". Il veut "offrir une alternative, montrer qu’il y a d’autres réponses possibles" que la politique de Nicolas Sarkozy, mais en étant "au sein de la majorité". Ne pas insulter l’avenir, donc.
D’autant que l’électorat d’une famille politique, quelle qu’elle soit, aime peu les traîtres à la famille. Or, si l’on se souvient de son action gouvernementale (quasi aussi à droite que le sarkozysme), et s’il y a une logique en politique, Dominique de Villepin ne peut espérer faire son trou qu’à droite et au centre, et non à gauche. Or, dans cette mouvance, entre sarkozystes, gaullistes historiques, néocentristes ralliés à l’UMP, bayrouïstes, villiéristes, néo-souverainistes, etc., il n’y a, a priori, pas énormément de place.
Pour lui donc, à supposer qu’il pense à 2012, tout - beaucoup, en tout cas - reste à faire.
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