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Migrations

Si pas noyés, détenus

S.Vt.

Mis en ligne le 05/02/2010

Les migrants qui n’ont pas péri en mer sont en général dirigés vers des camps.

Tarifa et ses vagues légendaires, paradis des surfeurs sur la côte andalouse. Tarifa et son cimetière, dernière demeure des vingt et un Africains échoués un jour de novembre 1988. Les premiers d’une longue série de noyés, découverts sur les plages d’Europe. Le renforcement des contrôles aux frontières de l’Union européenne, depuis, n’a guère diminué le nombre de victimes de l’immigration clandestine, mortes au large de l’archipel des Canaries, dans les détroits de Gibraltar ou de Sicile, dans le canal d’Otrante ou encore en mer Egée. On évalue à près de 13 400 le nombre de migrants qui ont terminé leur vie sur les routes maritimes de la Méditerranée ou de l’Atlantique.

Les Etats membres de l’UE ont profondément modifié leur approche de l’asile et de l’immigration depuis les années 80. "La délivrance de visas "Schengen" dans les consulats européens, le durcissement des conditions d’admission au titre du regroupement familial, le renforcement des contrôles aux frontières extérieures ou leur délocalisation dans les pays voisins comme le Maroc ou l’Ukraine, le développement des lieux d’enfermement et la pratique des "vols groupés" pour les expulsions constituent autant d’obstacles qui freinent l’immigration légale vers le territoire de l’Union." Dans son "Atlas des migrants en Europe", dirigé par Olivier Clochard et édité chez Armand Colin, le réseau Migreurop dresse une géographie critique des politiques migratoires de l’Union. Contrairement aux idées reçues, "si l’espace européen continue d’attirer un grand nombre de migrants, il n’accueille qu’une faible partie des populations en danger dans le monde".

Les migrants qui ont réussi à atteindre les côtes européennes se retrouvent souvent dans des camps destinés officiellement à contrôler et identifier les arrivants. "Les conditions de vie inhumaines, ainsi que les durées de détention, très longues dans certains pays, paraissent aussi viser un effet d’annonce, avec pour objectif de dissuader les candidats à la migration d’entreprendre un voyage dans l’UE", lit-on dans l’Atlas. Ces dernières années, les lieux de regroupement d’étrangers - camps fermés ou ouverts - se sont multipliés pour les accueillir, les trier, les contrôler et les renvoyer. La finalité de ces lieux "est toujours plus floue et ambiguë", estime Migreurop. Le réseau s’interroge dès lors "sur les raisons qui poussent les pays de l’UE à appliquer des régimes de type carcéral" à des personnes qui ne sont accusées d’aucun crime. Surpopulation, promiscuité, insalubrité, non-accès aux droits et aux soins: les conditions de détention dans le sud de l’Europe ont d’ailleurs été dénoncées par le Comité de prévention de la torture du Conseil de l’Europe et par le Groupe de travail sur la détention arbitraire des Nations unies.

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