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Ukraine

Douche froide pour Timochenko

Mis en ligne le 09/02/2010

Malgré ses accusations de fraude, Timochenko va devoir s’avouer vaincue.
Analyse Mathilde Goanec Correspondance particulière à Kiev

C’est une douche froide pour Ioulia Timochenko. Les observateurs internationaux ont très clairement sifflé la fin de partie dans ces élections présidentielles ukrainiennes. "Les élections se sont bien déroulées, de manière tout à fait conforme aux standards démocratiques. Il faut donc reconnaître ces résultats", a annoncé hier après-midi à Kiev Joao Soares, coordinateur de la mission de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) qui a suivi le processus électoral en Ukraine.

"Les scénarios pessimistes évoqués ces derniers jours ne se sont pas réalisés, et le processus est désormais irréversible, a ajouté son collègue de l’assemblée de l’Otan, Assem Agov. Les élites politiques doivent accepter ce résultat et mettre en œuvre la transition du pouvoir."

En clair, malgré ses accusations de fraudes répétées dimanche dans la soirée et ses appels à la mobilisation, la Première ministre Ioulia Timochenko, qui incarne désormais seule le camp orange, va devoir s’avouer vaincue.

Le leader du Parti des régions, Viktor Ianoukovitch, l’emporte donc avec 48,7 % des voix contre 45,6 % à son adversaire. Ioulia Timochenko s’est d’ailleurs faite discrète hier, bien loin de sa déclaration combative le soir du scrutin, dans laquelle elle appelait son équipe "à se battre pour chaque bulletin". Les partisans du Parti des régions, au contraire, ont donné de la voix toute la journée, devant la Commission centrale électorale.

Selon une information confirmée par le ministre des Transports, des centaines de bus et des trains supplémentaires ont été affrétés hier pour conduire les "régionaux" vers la capitale, Kiev.

Près de la place Lessia Ukrainka, transformée en point de ralliement, de longues colonnes de manifestants attendaient d’ailleurs les instructions des organisateurs et parfois quelques billets. "On attend la valise", plaisante un jeune homme, alors que son ami confirme être venu là "pour l’argent".

Au pied de la scène montée pour l’occasion, d’authentiques fans de Viktor Ianoukovitch expliquent la raison de leur présence: "Pour moi, Ianoukovitch aurait déjà dû être président en 2004 (NdlR: lors de la dernière élection présidentielle), explique Slavik, un retraité qui vit dans la région de Kiev. On restera là le temps qu’il faudra, pour protéger les résultats."

La bataille ne fait que commencer pour Viktor Ianoukovitch, qui devrait être bien vite rattrapé par l’imbroglio politique ukrainien. Formellement, son parti n’est pas majoritaire au Parlement et il lui sera donc difficile d’obtenir un vote de défiance vis-à-vis de la Première ministre. Ianoukovitch prendrait aussi de gros risques à provoquer de nouvelles élections législatives, sous la menace de jeunes formations politiques crées à l’issue du premier tour.

Si elle est habile, Ioulia Timochenko peut donc négocier en coulisses son maintien au poste de Premier ministre, ou au contraire décider de démissionner, et se présenter comme le fer de lance de l’opposition, forte des onze millions de voix glanées au deuxième tour.© Libération

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