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L'Irak aux urnes malgré les attentats et obus

AP

Mis en ligne le 07/03/2010

Ce scrutin historique doit démontrer que le pays est prêt à dépasser les luttes entre clans pour mettre réellement en oeuvre la réconciliation nationale, notamment entre chiites, sunnites et kurdes. Quelque 6.200 candidats se disputent 325 sièges parlementaires.

Sous très haute sécurité, et au son des explosions d'obus de mortier à Bagdad, les Irakiens votaient dimanche, pour des élections législatives considérées comme un test crucial pour la toute fragile démocratie irakienne, au moment où les troupes américaines se préparent à quitter le pays.

Ce scrutin historique doit démontrer que le pays est prêt à dépasser les luttes entre clans pour mettre réellement en oeuvre la réconciliation nationale, notamment entre chiites, sunnites et kurdes. Quelque 6.200 candidats se disputent 325 sièges parlementaires.

Quelque 20 millions d'électeurs sont appelés aux urnes pour ce deuxième scrutin national depuis l'invasion américaine de 2003 et le renversement du régime de Saddam Hussein.

L'avenir politique du Premier ministre Nouri al-Maliki est dans la balance. Sa Coalition pour un Etat de droit est confrontée à la redoutable Alliance nationale irakienne (ANI), qui rassemble le mouvement dirigé par le jeune imam extrémiste Moqtada al-Sadr, et le Conseil suprême islamique irakien (CSII), proche de l'Iran.

Le Bloc irakien, favorable à un Irak laïque, réunit chiites et sunnites sous la houlette de l'ancien Premier ministre Ayad Allawi.

Les tirs de mortiers résonnaient à Bagdad, où les violences avaient fait au moins 26 morts à la mi-journée. Au moins 14 personnes ont été tuées dans le nord-est de la capitale après l'explosion de deux bâtiments situés à environ 1,5km de distance. Des tirs de mortier ont fait par ailleurs sept morts dans deux quartiers de l'ouest de Bagdad, selon la police et les hôpitaux.

Dans le quartier d'Hurriyah, dans le nord-est de la ville, un inconnu a jeté une grenade dans la foule qui se rendait au bureau de vote, faisant trois morts.

A Mahmoudiya, à une trentaine de kilomètres au sud de Bagdad, une bombe dans un bureau de vote a tué un policier. Depuis le lever du jour, quelque 20 obus de mortier sont tombés sur le quartier à majorité sunnite d'Azamiyah, ce qui ne semblait pas y dissuader les électeurs: Comme Walid Abid, 40 ans, venu voter alors que des obus tombaient à quelques centaines de mètres. «Je n'ai pas peur, je ne vais pas rester planqué chez moi. Jusqu'à quand? Nous devons faire changer les choses. Si je reste chez moi et ne viens pas voter, Azamiyah deviendra pire», expliquait-il.

«Ces actes ne réussiront pas à saper la volonté du peuple irakien», a déclaré pour sa part le Premier ministre al-Maliki à la presse après avoir déposé son bulletin dans l'urne.

L'insurrection, qui avait menacé de perturber le scrutin par la violence, a aussi tiré trois obus de mortier sur la Zone Verte, coeur fortifié de la capitale où se trouvent locaux gouvernementaux et ambassade des Etats-Unis, au moment même où les bureaux de vote ouvraient dans tout le pays, à sept heures du matin.

La capitale est placée sous haute sécurité, avec des barrages à presque tous les coins de rue, et les frontières sont bouclées. L'aéroport est également fermé à Bagdad, et la circulation des véhicules quasi-totalement interdite, les électeurs se rendant aux urnes à pied.

En revanche, la présence américaine était extrêmement discrète: le seul signe visible de l'occupation était la présence de quatre hélicoptères survolant le centre de Bagdad.

Et à Nasiriyah, dans le sud chiite, la foule était dans la rue comme pour un jour de fête: les hommes portaient leurs plus beaux costumes, accompagnés de femmes en abaya noire et souvent d'enfants. «J'ai voté en 2005. Il y avait beaucoup moins de monde à l'époque. Aujourd'hui, la participation est plus importante», estimait Ahmed Saad Chadian.

Même défiance à Najaf, la ville sainte chiite au sud de Bagdad, prise pour cible la veille d'un attentat ayant fait plusieurs morts. «Nous sommes venus participer à cette journée nationale, et n'avons rien à faire des attentats», décrétait Sahib Jabr, chauffeur de taxi de 34 ans.

Le président Jalal Talabani a été parmi les premiers à voter dimanche matin à Sulaymaniyeh, en territoire kurde. Le chef de l'Union patriotique du Kurdistan (UPK) est soumis à la concurrence d'un parti intitulé Changer, qui conteste la domination traditionnelle des deux formations kurdes historiques rivales (la seconde étant le PDK, parti démocratique du Kurdistan, fondé par Massoud Barzani).

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