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Irak | Législatives

L’Irak tremble, mais ne plie pas

Mis en ligne le 08/03/2010

Bel élan de courage des électeurs irakiens, qui se sont rendus en masse aux urnes. Les bombes ont fait 38 morts mais le taux de participation est élevé.

Les Irakiens ont voté dimanche en grand nombre en dépit des obus et bombes qui ont fait 38 morts et 110 blessés lors d’un scrutin législatif crucial entouré d’impressionnantes mesures de sécurité.

Selon les premières estimations, les régions sunnites qui avaient boycotté le scrutin en 2005 semblent avoir davantage voté que les provinces chiites. Ainsi, 90 % des électeurs se sont rendus aux urnes dans la province de Diyala, 82 % dans la ville de Samarra et 60 % dans le gouvernorat de Ninive, alors que dans des provinces chiites comme Diwaniya, Najaf et Nassiriya, le taux de participation se situe entre 55 % et 60 %. Les bureaux de vote ont fermé à 15 heures, heure belge, et les opérations de dépouillement ont immédiatement débuté.

Dès l’ouverture du scrutin, les tirs d’obus de mortier et de roquettes katioucha ont secoué la capitale, survolée par des hélicoptères. Au moins septante projectiles sont tombés principalement sur les quartiers sunnites. Trente-huit personnes ont été tuées par ces tirs, dont vingt-cinq dans l’effondrement d’un immeuble touché par une roquette à Our, dans le nord de Bagdad, selon le ministère de l’Intérieur. Huit autres ont été tuées dans des attentats à la bombe dans la capitale et ses environs. Le nombre de blessés s’élève à 110 personnes dans tout le pays, dont 13 par des tirs d’obus contre un bureau de vote à Iskandariya, à 50 kilomètres au sud de Bagdad.

Les explosions ont fait trembler les murs des immeubles, mais pas les Irakiens habitués depuis sept ans aux bombes et obus. " C’est notre destin. Nous Irakiens, ne connaissons pas notre avenir, mais pour nous aujourd’hui les bombes sont des vétilles" , assure la professeur d’anglais Arabiya al-Samarraï, 46 ans, présente avec ses deux enfants dans un bureau de vote à Mansour, à Bagdad. " Votez contre al Qaeda ! Ils nous ont terrorisés pendant plusieurs années. Maintenant, il faut les chasser, car ils font du tort au pays ", a lancé dans un bureau de vote un électeur de Fallouja, ancien fief de l’insurrection après l’invasion de l’Irak, en 2003.

Le réseau d’Oussama Ben Laden avait menacé de mort quiconque participerait à ces élections, les deuxièmes depuis le renversement de Saddam Hussein. Ce scrutin est jugé crucial pour la stabilité du pays à six mois du départ des troupes américaines de combat et à moins de deux ans du retrait total.

A Bassorah, la grande ville à majorité chiite du sud, Ihlem Kazem Ali, 22 ans, faisait part d’un sentiment largement partagé par les Irakiens : " J’ai voté pour la liste du Premier ministre (Nouri al-Maliki) , car il a réussi à nous ramener la sécurité dans l’ensemble de l’Irak ", a-t-elle dit. Elle faisait référence à la baisse des violences entre sunnites et chiites, qui ont fait des dizaines de milliers de morts pendant quatre ans.

M. Maliki, qui a déposé son bulletin dans un hôtel de la "Zone verte", a minimisé les violences : " Ces attaques ne sont que du bruit pour impressionner les électeurs, mais les Irakiens sont un peuple qui aime relever les défis ", a-t-il dit.

Plusieurs centaines de milliers de militaires et policiers protégeaient les 46 000 bureaux de vote.

Ces élections législatives doivent consacrer l’hégémonie politique des chiites, qui représentent près de 60 % de la population, et le retour sur la scène politique des sunnites, qui ont perdu en 2003 la direction de l’Etat qu’ils détenaient depuis sa création en 1920. Deux listes sont données favorites : l’une ayant une forte connotation religieuse chiite, "l’Alliance pour l’Etat de droit" de M. Maliki, et l’autre résolument laïque, "le Bloc irakien", dirigé par l’ancien chef du gouvernement Iyad Allawi. (AFP)

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