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Rwanda

Un souffle de déstabilisation sur le régime Kagame

Marie-France Cros

Mis en ligne le 12/03/2010

Attentats à la grenade, défections, le roi Kigeri V qui espère rentrer au pays “cette année”… Les difficultés s’additionnent.

Personne, pas une seule personne, ni même Kayumba, ne peut faire un coup d’Etat ici [ ] Il n’y a pas de raison, pas de fondement" pour un putsch militaire. Qui aurait pu imaginer, il y a quelques mois à peine, le président Paul Kagame faire cette déclaration publique, le 3 mars dernier, reconnaissance implicite de déstabilisation, dans un pays aussi régenté que le Rwanda ?

C’est que les difficultés se sont additionnées, ces derniers temps - non plus dans la discrétion, comme le veut la culture locale, mais de manière éclatante, par une série d’attentats à la grenade. Trois le 19 février (3 morts et une trentaine de blessés) et deux le 4 mars (16 blessés). Après le premier attentat, les autorités avaient accusé les Interahamwes (milices extrémistes hutues qui conduisirent le génocide anti-tutsi de 1994; aujourd’hui en partie reconverties en FDLR, qui terrorisent l’est du Congo), avant d’en rendre responsables des défecteurs.

Le 2 mars, le procureur général du Rwanda a en effet accusé le général Faustin Kayumba Nyamwasa d’être responsable d’actes visant à déstabiliser le pays, dont les attentats du 19 février. Le général venait de rentrer d’Inde, où il est ambassadeur, pour une réunion diplomatique, et aurait "déserté" le 26 février, après avoir été interrogé par les autorités "chargées d’enquêtes au sujet de graves allégations criminelles", indiquait un communiqué des Affaires étrangères.

Le général Kayumba aurait quitté le Rwanda pour l’Ouganda, puis l’Afrique du Sud, pays qui n’est pas lié à Kigali par un traité d’extradition. Toutefois, le fugitif fait partie des neuf proches de Paul Kagame dont le juge français Bruguière avait demandé l’extradition pour leur responsabilité supposée dans l’attentat qui tua l’ex-président hutu Habyarimana le 6 avril 1994; le général fait aussi partie des personnalités rwandaises dont l’arrestation est requise par l’Espagne en liaison avec la mort d’Espagnols au Rwanda en 1994. Le dossier Bruguière est toutefois affaibli par la rétractation de ses principaux accusateurs; l’espagnol par la révélation, par un rapport de l’Onu sur les FDLR (nov. 09), que les plaignants fournissent "un appui financier, logistique et politique" à ce groupe armé.

Selon Kigali, le général Kayumba aurait pour complice un autre défecteur, le colonel Patrick Karegeya, en exil depuis 2007. Les deux hommes faisaient partie de l’establishment rwandais - anciens exilés en Ouganda, postes élevés dans l’armée (que le général a dirigée en 1998) et en particulier à la direction des services secrets (Kayumba fut secrétaire général du National Security Service en 2003, Karegeya chef du service de renseignement extérieur jusqu’en 2004).

Par ailleurs, le général Kayumba appartiendrait au clan familial des Nyiginya - celui dont étaient issus les rois du Rwanda. Or, pour la première fois, cette année, le message de Nouvel An du roi Kigeri V, écarté du pouvoir sous la tutelle belge et qui vit en exil depuis 1961, indiquait qu’il "ferait de son mieux pour rentrer au pays cette année". Le pouvoir Kagame a-t-il craint une poussée monarchiste, comme ce fut le cas lors d’une autre défection - celle de Joseph Sebarenzi, alors président d’une assemblée nationale qui prétendait être indépendante du pouvoir exécutif, et qui rejoignit en 2000 les milieux monarchistes exilés aux Etats-Unis ?

Enfin, Kigali a obtenu l’extradition du Burundi, début mars, où il venait d’être arrêté, de Deo Mushayidi, opposant tutsi exilé en Belgique et allié des FDLR. Kigali a-t-il craint que ce dernier ne fasse la liaison entre FDLR et les officiers FPR défecteurs ?

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