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Proche-Orient

"Servir une cause supérieure"

Renée-Anne Gutter

Mis en ligne le 12/03/2010

Benjamin Netanyahou veut désamorcer la “bombe” démographique.
Analyse

Pour Benjamin Netanyahou, Jérusalem n’est pas qu’une affaire politique. Promettre sa pérennité sous souveraineté israélienne n’est pas qu’un moyen de préserver sa majorité de droite et rester au pouvoir. Pour ce fils du sionisme ultranationaliste, Jérusalem fait aussi partie de l’ensemble de l’héritage spirituel et patriotique dont il faut imprégner la société israélienne.

Car dans la vision du Premier ministre israélien, l’Etat juif n’a pas qu’un ennemi extérieur, à savoir l’Iran de Mahmoud Ahmadinejad qui ambitionne d’effacer l’Etat juif de la carte. "Bibi" craint aussi l’ennemi intérieur de la société israélienne. A savoir la perte de l’idéal sioniste et des valeurs pionnières qui ont marqué la création d’Israël. Perte face aux tentations du matérialisme aliénant, face à l’influence croissante des milieux religieux et ultraorthodoxes pour qui le sionisme laïque est blasphématoire, ou face à la croissance démographique arabe à l’intérieur d’Israël qui risque de se greffer sur la démographie des territoires palestiniens et saper ainsi la culture nationale juive.

D’où par exemple la décision stratégique qu’il a prise en arrivant au pouvoir l’année dernière, d’opter pour la création d’un Etat palestinien aux côtés d’Israël. Afin de séparer les populations et désamorcer la menace démographique.

Une option pourtant illusoire dans la constellation gouvernementale actuelle. Et d’où également sa récente décision d’investir des fonds dans la remise en valeur de centaines de sites historiques, musées et archives de l’épopée sioniste d’avant la création de l’Etat d’Israël. Un programme de restauration du "patrimoine national" sans précédent dans son ampleur budgétaire, mais qui a suscité une levée des boucliers dans le monde palestinien et arabe, car en dernière minute M. Netanyahou y a intégré des lieux saints juifs en Cisjordanie qui sont aussi revendiqués par l’Islam.

Il y a un mois, lors de la conférence annuelle d’Herzlya (près de Tel Aviv) qui est l’occasion pour les dirigeants du pays de développer leur crédo personnel, "Bibi" a tenu un discours invoquant les dangers d’un effondrement national. Un discours important, souligne Aluf Benn, analyste du quotidien "Ha’aretz", car il révèle combien le Premier ministre craint pour l’avenir collectif du pays si celui-ci continue à se distancier de l’héritage des fondateurs du sionisme. "Notre existence ne dépend pas que d’un système d’armement, de notre puissance militaire, de la force de notre économie", a dit M. Netanyahou dans ce discours, "elle dépend avant tout de la connaissance et du sentiment national que nous, comme parents, instillons dans le cœur de nos enfants, et que nous, comme Etat, instillons dans notre système éducatif. Elle dépend de notre culture, de nos héros culturels, de notre capacité à expliquer à nous mêmes avant tout la justesse de notre voie et à manifester notre lien avec la terre. Souvenons-nous que si notre sentiment de servir une cause supérieure s’émiette et si nos sources de croissance spirituelles s’affaiblissent, notre avenir sera incertain."

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