La Libre.be > Actu > International > Article
Grèce
Grèves à répétition
Angélique Kourounis
Mis en ligne le 12/03/2010
Malgré les grèves à répétition, malgré l’adoption par le Parlement de mesures d’austérité sans précédents, malgré les défilés dans les rues, les Grecs sont choqués de la façon dont l’Europe et les médias internationaux les traitent. Ils sont tétanisés de l’austérité qui les attend.
Si la contestation monte de toute part, elle reste faible. La grève générale d’hier a mobilisé à peine 40 000 personnes dans tout le pays. C’est peu au regard des changements qui attendent les Grecs. Privés du jour au lendemain de la majeure partie des leurs congés payés, ils voient leurs salaires divisés de moitié, l’âge de la retraite reculer et le coût de la vie augmenter de presque 30 %.
"On réalise qu’on a vécu au-dessus de nos moyens toutes ces années, soupire Giorgos chauffeur de taxi, qui refuse de manifester, maintenant, il faut payer, ça va être dur, mais ce n’est pas la peine que les médias étrangers parlent de nous comme ça, on n’est pas des criminels quand même." C’est que la Une de l’hebdomadaire allemand "Focus", qui a montré une Venus de Milo faisant un doigt d’honneur avec pour tout commentaire "Il y a des truands dans la famille européenne", est mal passée.
"Nous, les Méditerranéens, on veut bien insulter tous les jours notre mère, mais on ne supporte pas qu’un étranger le fasse", s’exclame en direct à la télé Lakis Lazopoulos de son émission culte, "Al tsadiri news" (NdlR : littéralement "Souk Infos") sur la chaîne privée Alpha. Rien ni personne n’échappe à cette satire féroce de la société grecque. "En premier vient notre faillite morale, la financière ne fait que suivre, souligne ce Coluche grec pour qui le pays a touché le fond, mais c’est peut être une chance de repartir à zéro, de ne plus gober tout ce qu’on nous dit sans réagir."
Les Grecs sont surtout en colère contre leurs dirigeants qui leur ont menti toutes ces années et contre eux-mêmes qui ne s’en sont pas rendu compte "Oubliez la Grèce que vous connaissez" titrait la semaine dernière sur sa Une le quotidien "Elefeterotipia", l’équivalent de "Libération".
Maria Spiraki, journaliste vedette sur la télévision privée Mega est optimiste, "on n’a plus le choix, car les pressions européennes sont énormes. Sans elles on n’aurait jamais pris toutes ces mesures et sans elles on ne serait pas convaincus de l’obligation de les prendre. L’ancien système D ne peut plus marcher, on est obligés de construire une nouvelle société".
"Les incendies en 2007, puis 2009, les émeutes, les scandales et maintenant ça", soupire Thomas, jeune cadre plus dynamique du tout, "j’en peux plus ! ça ne peut plus continuer !"
"J’en ai marre !" lâche de son côté Alexis, fonctionnaire, "la corruption m’étouffe, je ne peux plus rien faire, je la vois tous les jours dans toutes mes démarches, il faut que cela change, c’est maintenant ou jamais, mais je ne sais pas comment."
En fait, si la majorité des Grecs veulent croire en Georges Papandréou, beaucoup doutent. "Dans vingt, trente ans, peut-être !" s’exclame Bob, jeune étudiant au chômage qui vient d’accepter un travail au noir ! Une génération, c’est exactement le temps nécessaire selon le président du bureau d’Athènes de Transparency International, M. Kostas Bacouris, pour ramener la corruption qui gangrène le pays à des niveaux européens acceptables. "Il faut des lois qui soient appliquées, et il faut un changement de mentalité; ça prend du temps. En 2009, la Grèce a redressé du 58e rang au 71e. Pire, un million de Grecs ont donné 980 millions d’euros en bakchich pour des services de base", dit il. "C’est hallucinant !"
10mn28 pour gravir l’Empire...
Barack Obama teste une arme redoutable
Parodie: Sarkozy face à la crise
Charles et Camilla fêtent Dickens