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France

La gauche, grand vainqueur annoncé. Et après ?

Bernard Delattre

Mis en ligne le 12/03/2010

Un (probable) succès régional en 2010 n’annonce pas d’office une victoire nationale en 2012. Il y a encore du pain sur la planche.
Correspondant permanent à Paris

S’il manquait encore deux indices pour crédibiliser une victoire de la gauche aux élections régionales de ces deux prochains dimanches, ils sont tombés jeudi. Selon un sondage, 43 % des Français veulent la victoire de la gauche, contre 30 % celle de la droite. Selon une autre enquête, ce souhait de victoire à gauche n’a pas qu’une portée régionale, puisque 72 % des Français estiment que le gouvernement Fillon devra tenir compte de l’issue du scrutin régional dans sa politique nationale.

Question cruciale s’agissant d’une famille qui n’a plus remporté d’élection nationale depuis l’arrivée de Lionel Jospin à Matignon, en 1997 : avec cette victoire régionale annoncée en 2010, la gauche peut-elle espérer l’emporter à l’échelon national dans deux ans : aux présidentielles de 2012 ? Pas forcément.

D’abord, la gauche ne sera victorieuse à l’issue du second tour, le 21 mars, que si elle a réussi à s’entendre entre les deux tours. Socialistes, écologistes et divers gauches n’auront que 48 heures (avant le dépôt des listes, mardi soir), pour ce faire. Or l’écart électoral entre les deux formations s’étant réduit, le pacte sera plus coriace à sceller que dans le passé. Les leaders Verts ont répété mercredi soir qu’il ne faudra plus les prendre pour des "supplétifs" ou des "hochets". "Sans nous, les socialistes ne gagnent aucune Région", a rappelé Daniel Cohn-Bendit. "Surenchère", a regretté le porte-parole du PS, jeudi. L’alliance entre les gauches ne s’annonce donc pas aisée. Si elle se passe mal en 2010, cela promet pour 2012. Or, sans cette alliance, aucune chance de battre la droite dans la course à l’Elysée.

Au demeurant, le précédent des régionales de 2004 (largement gagnées par la gauche) a montré que cela n’avait nullement empêché la droite de remporter haut la main l’Elysée en 2007. Du reste, si la gauche l’emporte à nouveau en 2010, sera-ce grâce à une adhésion populaire à ses thèses ? Ou simplement par goût du public pour un équilibrage des pouvoirs : une sorte de cohabitation entre la droite à l’échelon national et la gauche à l’échelon territorial (régional et municipal) ? Auquel cas, les Français ne dupliqueront pas forcément leur vote régional au prochain scrutin national. Un indice qui doit inciter la gauche à la modestie : d’après de récurrents sondages, si les Français désavouent la politique nationale de la droite, ils ne croient pas, pour autant, la gauche capable de mieux faire qu’elle.

Si la gauche veut s’imposer en 2012, il lui faut donc bâtir un projet national jugé cohérent et crédible par l’opinion. Or, rien qu’entre les différents courants du PS, de grosses nuances existent sur des sujets aussi essentiels que la politique étrangère (Afghanistan), le social (les retraites), la stratégie (alliance ou pas avec François Bayrou ?) ou l’éthique (voir le traitement laborieux du cas de Georges Frêche). Entre PS et Verts aussi, les désaccords (nucléaire, industrie, transports, etc.) sont nombreux. Deux ans, dès lors, ne seront pas de trop pour s’entendre à gauche. Et il serait bien hasardeux de présumer d’emblée du résultat de ce chantier programmatique.

Enfin, mais cela va sans dire, lorsque la gauche aura un programme national digne de ce nom, il lui faudra un(e) chef de file incontesté(e). Or, rien qu’au PS, entre les Aubry, DSK, Royal, Hollande, Fabius, Hamon, Valls ou autres Moscovici, c’est peu dire qu’on en est encore nulle part, que la guerre des ego peut recommencer dès la fin de ces régionales, et donc que la machine à perdre peut être relancée.

Un projet, une rénovation, un chef et le rassemblement de la gauche : tels sont, cités dans cet ordre par Martine Aubry jeudi, les quatre chantiers qui attendent cette famille politique dans les deux ans, si elle veut avoir des chances de s’imposer autant au national qu’à l’échelon territorial. Mieux vaut sans doute qu’elle entame ces gros chantiers avec, dans le dos, une victoire plutôt qu’un échec aux régionales. Mais cette victoire n’assure pas à elle seule la réussite de ces chantiers.

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