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France
A droite, les nuages s’amoncellent
Bernard Delattre
Mis en ligne le 13/03/2010
Un dernier gros coup de barre (sondagier), avant de probables coups de massue (électoraux). Vendredi, les leaders de la droite ont dû éprouver quelques difficultés à trouver l’énergie indispensable à la dernière ligne droite de la campagne pour les élections régionales, dont le premier tour a lieu dimanche. En effet, après des semaines de sondages annonçant une large victoire de la gauche à l’issue du second tour, le 21 mars, une ultime enquête d’opinion rendue publique vendredi a sans doute achevé de doucher les espoirs de la majorité présidentielle. En effet, elle a montré qu’en plus de perdre probablement le second tour, la droite ne peut même plus être sûre de virer en tête à l’issue du premier tour.
Avant vendredi déjà, la majorité présidentielle n’était créditée que d’un assez maigre résultat de premier tour : autour de 30 % des voix, soit une demi-douzaine de points en retrait par rapport à son score du premier tour des régionales de 2004. Mais au moins, jusqu’à vendredi, pouvait-elle conserver l’espoir de sortir en tête de ce premier tour et donc de créer une dynamique en sa faveur pour le second tour. C’était d’ailleurs dans cet objectif affiché que, contrairement à l’habitude, l’UMP n’avait pas attendu l’entre-deux tours pour confectionner des listes de rassemblement. En effet, tous les divers droites (néocentristes, souverainistes, chasseurs, etc.) sont déjà présents sur les listes que l’UMP soumet dimanche aux électeurs.
D’emblée, cette stratégie apparaissait potentiellement risquée : ayant fait le plein de suffrages dès ce dimanche, la droite risquait de manquer de réserves et donc de reports de voix dimanche prochain. Cette tactique apparaît plus hasardeuse encore depuis vendredi. Depuis donc que la fameuse enquête, signée TNS-Sofres Logica, a placé l’UMP (29 %, -1) à la deuxième place derrière le PS (30 %, +2).
C’est de bonne guerre : quand le brasier se rapproche, il faut hâter la mise en place de contre-feux. Au plus haut niveau du pouvoir, dès lors, l’on s’attache désormais à minimiser la portée du désastre électoral annoncé.
Pour ce faire, Nicolas Sarkozy lui-même a fait avancer de 24 heures la sortie dans les kiosques du "Figaro Magazine". De manière à ce que cet hebdomadaire habituellement du samedi publie dès vendredi une longue interview du chef de l’Etat en forme de plaidoyer pro domo afin que l’électeur de droite détrompe les sondages et aille voter - une initiative de presse exceptionnelle qui, au passage, en dit long sur l’état de panique actuel de la droite.
Le processus élyséen de dédramatisation du fiasco électoral s’est déroulé en deux phases.
Un : ôter toute portée nationale au scrutin des 14 et 21 mars, qui est "un scrutin régional" appelé donc à avoir des "conséquences régionales" exclusivement. Confirmation de ce que Nicolas Sarkozy avait déjà dit ces derniers jours : aucun gros remaniement ministériel n’est à attendre dans la foulée de cette élection. Même la dizaine de ministres qui seront vraisemblablement battus dans leurs Régions n’ont pas trop de craintes à avoir pour leurs maroquins : tout au plus procédera-t-on à "quelques adaptations gouvernementales".
Deux : montrer qu’on est déjà passé à autre chose, évoquer l’étape suivante pour mieux faire oublier la séquence actuelle. C’est ce qu’a fait Nicolas Sarkozy vendredi, en envisageant pour la première fois "une pause" dans les réformes au second semestre 2011. Ce terme de "pause", inhabituel dans la bouche d’un si volontariste président, a relancé les spéculations sur ses éventuelles ambitions de rempiler en 2012.
Pour le reste, les autres enjeux de l’élection sont d’ores et déjà identifiés - et restent, eux, inchangés.
D’abord, le rapport de forces au sein de la gauche, entre socialistes et écologistes singulièrement, qui déterminera la tonalité des négociations entre eux pour le second tour. Ici aussi, le PS reprend des couleurs, puisque, avec 30 %, il distance et de loin les Verts (14 %). Ensuite, le fait que ces derniers n’en ont pas moins, comme ils l’avaient fait déjà aux européennes de 2009, volé la troisième place aux centristes du Modem de François Bayrou. Stagnant autour des 5 %, ce dernier n’est même plus sûr d’être représenté ni même de voir ses frais de campagne remboursés.
Ses listes arrivent derrière celles du Front national. Qui, autour de 8,5 % des voix, stagne certes, mais conserve une capacité de nuisance pour la droite singulièrement, à laquelle il sera en mesure d’opposer des seconds tours triangulaires dans plusieurs Régions.
Enfin, à l’autre extrémité de la carte politique, la confirmation de la méforme des anticapitalistes d’Olivier Besancenot. Dont la stratégie d’isolement n’est pas comprise par un électorat radical lui préférant la stratégie unitaire du Front de gauche : alliance de communistes, ex-socialistes et dissidents trotskistes, qui est créditée d’un score double de celui du jeune facteur.
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