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Colombie
Nettoyage social en Colombie
Geneviève Maurer
Mis en ligne le 13/03/2010
Pour qui voter ? Il n’y a absolument aucun candidat qui se préoccupe des déplacés Nous en avons discuté entre nous nous aimerions bien pouvoir voter pour quelqu’un Malheureusement il n’y a personne." Bernardo1 et sa famille font partie des 4 millions de déplacés du conflit civil en Colombie qui, pour la plupart, ne voteront pas aux législatives de ce dimanche.
Mais leur trajet fait partie d’une nouvelle tendance : avant d’arriver à la municipalité de Soacha, cette famille est d’abord passée par Bogota, où siègent toutes les institutions de l’Etat qui représentent les citoyens, devraient les protéger et ne le font pas. Ils n’ont pas pu y rester en raison des menaces qui les ont poursuivis.
Déplacée une première fois en 19952, la famille de Bernardo a dû prendre la fuite dix-sept fois depuis 2002 - dont onze fois de 2006 à aujourd’hui. Ces dates correspondent aux deux mandats du président Alvaro Uribe et à sa politique de "sécurité démocratique" que tous les partis politiques déclarent vouloir continuer. Le groupe armé3 qui les persécute est le même depuis le début.
Le coût humain de ce calvaire? Cinq membres de la famille assassinés, dont quatre après tortures, un torturé survivant, une femme devenue stérile après une fausse-couche. Et la chute dans la misère, accompagnée de dépression constante. La colère aussi.
L’arrivée de déplacés du centre de Bogota vers Soacha préoccupe Fernando Escobar, chargé de veiller au respect des droits fondamentaux des habitants: "Depuis janvier 2008, il y a eu 140 cas de déplacements forcés intra-urbains de Bogota à ici. Les gens arrivent de la Candelaria, le vieux quartier historique, de Santa Fé et d’autres quartiers du centre, ainsi que de Ciudad Bolivar, au sud. Mais le phénomène est beaucoup plus important, la plupart des cas ne sont pas enregistrés comme tels."
En effet, le conflit armé a aussi une fonction économique : il permet de faire du "nettoyage social" pour se débarrasser de résidents pauvres qui fuient vers Soacha - et ne voteront pas : tout le centre de Bogotá est actuellement livré à une spéculation foncière effrénée. En guise de rénovation des vieux quartiers populaires comme Egipto ou Las Cruces, des groupes paramilitaires chassent leurs habitants afin de faire place nette aux promoteurs immobiliers. Ceux-ci spéculent déjà sur un prix équivalent à au moins 1500 euros le m² d’ici deux ans.
Les affaires C’est la seule chose qui intéresse le candidat numéro 49 du parti de "La U" lors d’une réunion à Las Cruces. Cet ancien policier et sénateur uribiste de 2006 à aujourd’hui aspire à renouveler son mandat en ces termes : "Quand mes collègues de la police m’ont proposé de faire des affaires, j’étais très étonné. Pour moi, être policier, cela voulait dire passer son temps à bien faire son métier de policier. Et voilà que mes collègues me parlaient de monter un business. J’ai pensé qu’ils étaient fous. Avec le temps, et avec la politique que nous avons eue ces dernières années, j’ai compris que ces fous étaient très sages. Et j’ai repensé au business qu’ils me proposaient à l’époque : une entreprise de pompes funèbres. Alors vous pensez tout ce qu’on peut faire maintenant ! En fait je suis là pour vous demander de m’aider à faire des affaires. Dites-moi ce qu’il faut faire !"
1. Tous les noms sont changés pour raison de sécurité.
2. Les détails ne peuvent pas être donnés pour raisons de sécurité.
3. L’identité de ce groupe ne peut être donnée pour raisons de sécurité.
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