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France

France: Un record de désintérêt

Bernard Delattre

Mis en ligne le 15/03/2010

Moins d’un Français sur deux a pris part au premier tour du scrutin régional. La gauche loin devant, la droite à la peine, les Verts s’ancrent, le FN se redresse.
Correspondant permanent à Paris

C’était annoncé par les sondages depuis des semaines, et cela s’est effectivement produit. Les Français ont très largement boudé les urnes dimanche, à l’occasion du premier tour des élections régionales. En milieu de soirée, le taux d’abstention était évalué à plus de 53 %, un record absolu dans l’histoire de ce scrutin. Et un bond par rapport aux dernières élections régionales, en 2004, où l’abstention avait été limitée à 38 %.

Le large désintérêt des électeurs pour ce scrutin ne doit pas étonner. Ces dernières années en général, les Français sont de moins en moins allés voter. Les élections européennes de 2009, les municipales de 2008 et les législatives de 2007 avaient elles aussi connu des records d’abstention - le sursaut civique noté aux présidentielles de 2007 n’ayant donc été que ponctuel. Et, de manière générale, les élections régionales, depuis leur première édition en 1986, n’ont jamais été courues par l’électorat : un désintérêt dû sans doute aux pouvoirs et budgets limités des Régions et donc à leur manque de visibilité. D’une édition à l’autre, d’ailleurs, ces scrutins subissaient une abstention croissante - hormis en 2004, vu la mobilisation d’un électorat de gauche encore culpabilisé par le séisme socialiste des présidentielles de 2002.

Ces élections régionales-ci ont d’autant moins échappé à cette tendance générale à la désaffection qu’à ce désintérêt structurel, sont venus se greffer trois facteurs conjoncturels.

Un : depuis des semaines, le résultat global de ce scrutin était annoncé comme couru d’avance par les sondages. Deux : la campagne électorale a été d’un niveau très relatif. Trois : comme Nicolas Sarkozy lui-même l’avait dit et répété, aucun impact national ne devait être attendu de ce scrutin régional - au grand dam des sept sondés sur dix qui lui souhaitaient un tel impact national. Enfin, la grande crise économique actuelle a pu contribuer à la démobilisation : la flambée du chômage et de l’exclusion a dû décrédibiliser encore un peu plus la politique auprès des victimes de cette crise.

Crédité en milieu de soirée d’une trentaine de pour cent des voix, le PS a viré en tête de ce premier tour, loin devant une UMP autour de 27 %. Ce scrutin a donc confirmé le grand classique électoral selon lequel les élections intermédiaires sont généralement défavorables au pouvoir en place. Avec des Verts crédités de 13 % et un Front de gauche autour de 6 %, la gauche dimanche a même franchi la barre symbolique des 50 %, loin devant ses 45 % des régionales de 2004.

Ce chiffre historique est d’autant plus difficile à avaler par la majorité présidentielle que l’UMP a vu échouer sa stratégie d’union de la droite dès le premier tour, sur des listes uniques censées créer une dynamique pour le second tour. En effet, si dimanche la droite a terminé en tête dans plusieurs Régions, elle n’est même pas assurée de conserver dimanche prochain, faute de réserves de voix, les deux seules Régions qu’elle détenait en métropole: l’Alsace et la Corse.

Donnés autour de 13 %, les Verts ont confirmé dimanche leur enracinement dans le paysage politique en tant que troisième force du pays. Ils sont toutefois en retrait par rapport à leur record des européennes de 2009 (16 %). Et ne sont pas parvenus à arriver en tête dans la moindre région.

Quatrième force : le FN. Donné autour de 12 %, il fait certes moins que ses 15% de 2004, mais se ressaisit nettement par rapport à ses catastrophiques 6 % des européennes. Il pourra se maintenir au second tour dans nombre de Régions (Alsace, Rhône-Alpes, Languedoc-Roussillon, etc.). Et la famille Le Pen fait de très bons scores : 20 % en Provence pour Jean-Marie et 19% pour sa fille Marine dans le Nord. Ces résultats meilleurs que prévu confirment que l’étiage du FN est souvent sous-évalué par les sondages (qui ne le voyaient qu’autour de 8 %) et que les élections régionales sont plutôt favorables à cette formation.

Situé en milieu de soirée sous la barre des 5 %, le Modem de François Bayrou était menacé de ne même pas pouvoir fusionner ses listes au second tour, ni être remboursé de ses frais de campagne. Autres mal en point du scrutin : les listes anticapitalistes d’Olivier Besancenot et trotskistes de Lutte ouvrière, qui, à l’extrême gauche, sont désormais passées de mode par rapport à la dynamique unitaire incarnée par le Front de gauche.

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