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France

Une abstention qui en dit long

Bernard Delattre

Mis en ligne le 16/03/2010

Abstention apolitique, confirmant un désenchantement à l’égard de la chose publique. Mais aussi abstention très politisée, contre l’UMP.
Correspondant permanent à Paris

Qui sont et quelles sont les motivations de ces 23,5 millions de Français (53,63 % de l’électorat) qui, dimanche, ont constitué le premier parti du pays : celui de l’abstention ? Dès avant le scrutin - qui, hasard du calendrier, est tombé le jour de l’ouverture de la pêche à la truite -, les principaux ressorts de leur (non) motivation étaient identifiés. Ils sont de cinq ordres : une tendance lourde à la démobilisation électorale en général, le désintérêt pour l’institution régionale en particulier, la piètre qualité de la campagne électorale, un résultat couru d’avance, et l’absence d’impact national à attendre de ce scrutin.

Depuis dimanche soir, l’analyse s’affine et un concept refait florès : celui de "l’ abstention différentielle" , comme la qualifiait lundi l’institut Opinion Way. A savoir une abstention qui ne pénalise pas pareillement tous les partis.

En effet, c’est cette abstention qui explique un des paradoxes (apparents) de l’abstention de dimanche : le fait qu’elle a proportionnellement davantage touché la droite, alors que de nombreux abstentionnistes appartenaient plutôt à l’électorat de gauche : les jeunes et les citadins au premier chef. C’est parce que, au-delà de cette abstention-là, une abstention plus inédite s’est manifestée dimanche. Elle a concerné, elle, un électorat âgé, rural, de catégorie socioprofessionnelle moyenne ou supérieure, et plutôt à droite. "Les électeurs de droite qui voulaient sanctionner l’UMP n’avaient plus comme choix que de s’abstenir ou de voter FN" , selon Eric Bonnet, directeur d’études chez BVA Opinion. "Comme il n’y a pas eu de place pour d’autres partis à droite, selon la stratégie de parti unique du chef de l’Etat, l’abstention a défavorisé plus l’UMP que la gauche" , pour Stéphane Rozès, président de la société de conseil Cap.

Cette abstention différentielle n’était pas apolitique. Au contraire, elle était politiquement explicite et ciblée. "L’abstention, c’est aussi un comportement politique , rappelait lundi Etienne Rivière, de TNS Sofres : parfois, les électeurs votent avec leurs pieds."

Ainsi dimanche, dans nombre de départements ayant massivement voté pour Nicolas Sarkozy en 2007, l’abstention s’est envolée. Stéphane Rozès en déduit que, comme on peut parler de vote-sanction, il y a eu "une abstention-sanction" ayant davantage frappé la droite que la gauche.

Encore qu’il faille nuancer.

Selon un sondage CSA publié lundi, si un électeur sur trois (32 %) a voulu, par son vote dimanche, "exprimer (son) insatisfaction vis-à-vis de l’action du Président et du gouvernement" , un sur deux (51 %) soutient que son vote "n’avait aucun rapport avec le jugement sur l’action" de l’exécutif national. De même, 29 % seulement des électeurs assurent avoir voté en fonction d’enjeux nationaux, contre 63 % disant s’être prononcés en fonction d’enjeux régionaux. Des résultats qui, au passage, soulignent une certaine confusion dans le chef de l’électorat. Dans la mesure où, dans les derniers sondages avant le premier tour, sept Français sur dix disaient vouloir que ce scrutin régional ait un impact national.

De manière indubitable, en revanche, cette enquête confirme la désaffection croissante des Français pour la politique, sans doute encore renforcée par la crise actuelle.

Ainsi, si pour un abstentionniste sur trois (29 %), le non-vote était une façon "d’ exprimer (son) mécontentement sur la manière dont vont les choses en France" , pour 57 % des abstentionnistes, c’était avant tout une façon de signifier leur désintérêt de base pour la politique ou leur conviction selon laquelle "ce scrutin ne changera pas grand-chose à (leur) vie quotidienne" .

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