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États-Unis
Michael Moore tente de réveiller Obama
Stéphanie Fontenoy
Mis en ligne le 19/03/2010
Barack Obama compte un interlocuteur de plus dans le débat surchauffé de la santé : Michaël Moore. Alors que la Maison-Blanche joue son va-tout pour passer en force la réforme de la couverture de santé, le réalisateur de "Sicko" et de "Capitalism : a love story" a fait le tour des plateaux de télévision pour proposer ses services à son locataire. "Donnez-moi un lit de camp à la cave, et pour un dollar symbolique, mon boulot serait de sortir le président du lit chaque matin et de lui donner du ressort pour qu’il se batte pour ses idées", a fait savoir sur CNN le cinéaste à l’indévissable casquette.
Il exhorte le président américain à avoir le courage de ses convictions à un moment critique, même s’il lui faut pour cela s’inspirer de la manière forte d’un Ronald Reagan ou d’un George W. Bush. Un conseil qui pèse lourd dans la bouche de ce porte-drapeau des valeurs de la gauche américaine. "Au fond de lui, Barack Obama est convaincu que tout le monde aux Etats-Unis devrait être couvert. Il doit de nouveau être le combattant dont nous avons besoin. Il pourrait devenir le Roosevelt de ce siècle", a martelé Moore pendant cette semaine cruciale pour la réforme de la santé.
Après un an de tractations, d’espoirs et de revers, la Maison-Blanche et le Congrès sont à nouveau en ébullition autour du projet visant à rendre la couverture de santé plus abordable pour les millions d’Américains qui n’en ont pas. Depuis que les Démocrates ont perdu leur majorité absolue au Sénat en janvier, leurs chefs de file cherchent une parade. Ils l’ont trouvée sous la forme de la procédure dite de "réconciliation", qui permet à la majorité non qualifiée d’emporter un vote au Sénat, 51 voix sur 100, dans des cas précis liés aux questions budgétaires. Dans une manœuvre de la dernière chance, les deux chambres du Congrès, qui ont chacune voté un texte sensiblement différent l’année dernière, vont tenter de réconcilier leurs points de vue.
C’est là que l’affaire se corse. Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des Représentants, a besoin d’une majorité de 216 voix pour adopter la version du Sénat. Si celle-ci passe, les deux chambres passeront une série d’amendements sous la forme de la "réconciliation" pour aplanir les derniers désaccords. Le texte et ses modifications pourraient ensuite être directement envoyé au président pour promulgation.
En cas d’échec, la réforme sera définitivement enterrée et avec elle la priorité majeure de la présidence Obama.
Le décompte infernal pour obtenir la majorité de 216 voix à la chambre basse est enclenché. Un vote est prévu ce dimanche. Le chef d’Etat a repoussé son départ pour l’Asie, fixé à lundi, au mois de juin. L’équipe Obama cherche à obtenir le soutien des derniers récalcitrants dans ses rangs. Les plus à gauche regrettent que la réforme n’aille pas assez loin, tandis que les plus conservateurs veulent s’assurer qu’aucun denier public ne sera utilisé pour rembourser les procédures d’avortement. Dennis Kucinich, un des représentants de gauche qui favorisait "l’option publique" à l’européenne, a été l’un des premiers à passer outre ses réserves. "Je pense que la santé est un droit", a-t-il déclaré mercredi lors d’une conférence de presse. Dans la foulée, Dale E. Kildee du Michigan, qui compte parmi la dizaine de Démocrates opposés à l’avortement, a annoncé son soutien au président.
L’opposition républicaine fustige la substance du projet de loi, "corrompu" et "toxique", mais aussi la procédure tortueuse du vote. "Les Américains sont scandalisés parce qu’ils ont vu dans ce débat sur la couverture de santé, mais le pire est devant nous", a grondé John A. Boehner, le chef de la minorité à la Chambre. Celui-ci a promis de tout faire pour empêcher la loi de passer. En plein suspense, le bureau du budget du Congrès (Congressional business office), un organe indépendant, a apporté hier une bonne nouvelle aux Démocrates. Il a estimé le coût de la réforme à 940 milliards de dollars sur dix ans. Sur les prochaines dix années, le projet devrait réduire le déficit de 118 milliards et de 1200 milliards au cours des 10 années suivantes (2020-2029).
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