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proche-orient

Catherine Ashton, un général encore sans armée

Olivier le Bussy

Mis en ligne le 19/03/2010

Son service diplomatique ne devrait être pleinement opérationnel qu’à la fin de l’année.

La visite de la Haute représentante pour les affaires étrangères de l’Union Catherine Ashton au Proche-Orient est de celles qui doivent asseoir sa crédibilité et son autorité en tant que chef de file de la diplomatie européenne.

Depuis son entrée en fonction, le 1er décembre dernier, la Britannique a essuyé son lot de critiques, plus ou moins justifiées. D’aucuns doutent de ses compétences pour le poste; d’autres de ne pas s’être précipitée à Haïti, au lendemain du séisme, ou d’avoir brossé à une réunion informelle des ministres européens de la Défense, en février. D’autres encore d’être à la botte du président de la Commission, José Manuel Barroso, ou de prendre ses instructions auprès du Foreign office britannique.

A la décharge de la Haute représentante, on glissera cette pièce au dossier : "Son travail est encore plus difficile que celui de Van Rompuy. Les critiques sont trop sévères à son égard", juge une source proche du président du Conseil européen. "Elle a trois jobs en même temps (vice-présidente de la Commission, chef de la diplomatie européenne et du futur patron du service européen d’action extérieure - NdlR) . C’est un des postes les plus compliqués du monde", complète une source de la Commission.

On ajoutera que si Lady Ashton of Upholland a été promue au rang de général, elle n’a encore ni état-major, ni armée. Comprendre : de service diplomatique à la hauteur de la tâche.

Se basant sur les lignes directrices adoptées par les Vingt-sept le 30 octobre 2009, la Haute représentante devrait présenter, fin d’avril, sa propositions sur l’organisation et le fonctionnement du Service européen d’action extérieure (SEAE). Un organe indépendant, mais au service de la HR et des institutions, " qui doit faire avec plus de cohérence des choses qui sont parfois faites de manières contradictoires" , rappelle la Commission. Les 1000 à 2000 postes à pourvoir (sur 8 000, délégations européennes comprises) seront équitablement partagés entre fonctionnaires de la Commission, du secrétariat général du Conseil et diplomates détachés des Etats membres.

La double casquette de Mme Ashton et le SEAE dresseront "un pont au-dessus du rond-point Schuman", qui sépare le Juste Lipse et le Berlaymont, sièges respectifs du Conseil et de la Commission, dit-on.

Or, dans les faits, il a surtout été question jusqu’ici de guéguerre institutionnelle, la Commission veillant avec un soin jaloux sur ses prérogatives en matière de relations extérieures - les Vingt-sept ont peu goûté que Barroso attribue d’autorité le poste d’ambassadeur européen à Washington à son ancien chef de cabinet Joao Vale de Almeida. "Le problème est que quand Mme Ashton est vice-présidente de la Commission, elle n’a pas d’autonomie de décision. Les décisions s’y prennent en collège et Barroso a utilisé cet argument", explique un diplomate européen.

Ensuite, les grands Etats membres ont été accusés, notamment par ceux d’Europe centrale, de vouloir s’accaparer les plus beaux postes - un secrétaire général, deux adjoints, six directeurs généraux, la tête des délégations à Pékin, New Dehli, Brasilia ou Moscou Les plus visés d’entre tous étant les Britanniques auxquels on prête l’intention de noyauter le SEAE. "Il n’y aura jamais de représentation mathématique des postes", rappelle une source communautaire. Mais "tous les Etats membres seront représentés", rassure Catherine Ashton. Qui prévient les capitales : "Je veux les meilleurs (diplomates) . Ceux dont vous ne voulez pas vous séparer".

Les nominations, ce ne sera de toute façon pas avant l’été. Reste encore d’autres nœuds à trancher, comme le partage des compétences en matière de développement entre la Commission et le SEAE. Sans oublier la modification du statut du personnel et celui du règlement financier, sur lesquels le Parlement aura, in fine, son mot à dire. Mais depuis que l’expérimenté diplomate danois Poul Skytte Christoffersen a repris en main le travail en latence du groupe de haut niveau chargé de faire une proposition sur le SEAE, les choses s’accélèrent. "Nous avons enfin des textes sur lesquels travailler. Un projet de proposition devrait être soumis fin mars aux Etats membres et au Parlement. On devrait avoir une décision formelle sous présidence espagnole", espère le diplomate. Si tout suit son cours, "le service devrait atteindre sa vitesse de croisière à la fin de l’année", estime un proche de Mme Ashton.

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