La Libre.be > Actu > International > Article
Japon
Fou de thon, à perdre la raison
Vincent Touraine
Mis en ligne le 20/03/2010
Yasuyuki Hanada est un expert du thon rouge de Méditerranée. Sa petite échoppe située en plein cœur du quartier de Tsukiji, près de l’immense marché aux poissons de Tokyo, ne paie pas de mine. Pourtant, M. Hanada a ses fidèles. Pour lui, l’échec de la tentative d’interdiction du commerce mondial de thon rouge est un soulagement. "Je suis très heureux que mes clients puissent continuer de consommer le meilleur thon qui soit", dit-il en taillant ses blocs de thonidés congelés.
Non loin de là, les amateurs de sushis et de sashimis font la queue devant les restaurants du coin. Déjeuner à Tsukiji, c’est un pèlerinage pour déguster le poisson le plus frais de la ville. Toshihiro Wakabayashi, gérant d’un des restaurants du quartier est catégorique : "Tsukiji est étroitement lié au thon. S’il venait à disparaître, ce serait un coup dur pour l’image du marché." Lui aussi est soulagé par le vote de Doha. Sa principale satisfaction : continuer d’être approvisionné comme avant, pour le plus grand plaisir de ses clients. A l’intérieur, deux salarymen terminent leur repas, à base de thon, bien sûr. Hiromichi est un inconditionnel du thon rouge : "Si les cours montent, j’en mangerai moins, mais je ne m’arrêterai jamais complètement C’est vraiment trop bon !" Même son de cloche du côté de son collègue, Yosuke, pour qui, quoi qu’il arrive, "la tradition de consommer du thon ne disparaîtra jamais de la culture japonaise ".
Depuis quelques jours, pourtant, le Japon se faisait du mauvais sang pour son poisson fétiche, craignant qu’une interdiction du commerce du thon rouge pêché dans l’Atlantique et en Méditerranée, ne s’étende à l’océan Pacifique et aux autres espèces de thonidés. L’Archipel reste le premier consommateur de thon dans le monde, et 80 % des spécimens capturés dans les mers occidentales finissent dans les assiettes nippones.
Pas étonnant, dans ces conditions, que la réunion de Doha soit devenue une affaire d’Etat. Pendant des jours, les émissaires du gouvernement japonais ont fait en sorte de rallier à leur cause les représentants des pays en développement. Un effort de lobbying payant. Le Premier ministre Yukio Hatoyama s’est félicité du résultat du vote, soulignant que "les importations de thon rouge vont pouvoir continuer [ ]. Une bonne chose pour que les prix n’augmentent pas davantage" .
Pourtant la pénurie est loin de menacer le Japon. Sur les 44 000 tonnes de thon rouge consommées chaque année dans le pays, 25 000 proviennent du Pacifique. Une interdiction du thon rouge de l’Atlantique nord n’aurait pas été une catastrophe, d’autant que 20 000 tonnes de thons congelés ont été stockées, de quoi alimenter le marché national pendant au moins un an.
Mais la question de la baisse des stocks de l’espèce reviendra sur le tapis.
D’après les défenseurs de l’environnement, les populations de thons rouges ont chuté de 85 % depuis les années 70. De quoi faire réfléchir jusque dans les sushis bars de Tsukiji
Parodie: Sarkozy face à la crise
Charles et Camilla fêtent Dickens
Ch. Picqué (PS): "Oui à...
Jean Dujardin chante son bonheur...