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France
Quasi le grand chelem
Bernard Delattre
Mis en ligne le 22/03/2010
Un (très) léger sursaut civique. Dimanche, au second tour des élections régionales, les Français ont (un peu) plus voté qu’au premier tour. Dimanche dernier, un taux d’abstention historique (53,6 %) avait été constaté. Ce dimanche, l’abstention a un peu régressé, estimée en milieu de soirée à 49 %. Mais on est resté très loin de la faible abstention du second tour des régionales de 2004 (34,3 %). Et, selon un sondage diffusé dimanche soir, n’ont pas voté 65 % des ouvriers et des employés, et 70 % des chômeurs.
L’UMP, qui, dès le premier tour, avait présenté des listes de rassemblement avec ses alliés (néocentristes, souverainistes ou chasseurs), avait les abstentionnistes comme seule réserve de voix. Ses appels à leur mobilisation n’ont toutefois que marginalement été entendus par les abstentionnistes de droite. Pour preuve, à l’échelle du pays, la droite (36 %) dimanche soir a terminé 18 points derrière la gauche (54 %) : un écart historique. Et l’UMP n’a pas réussi à bouleverser la carte politique des Régions, massivement à gauche depuis la vague rose de 2004.
Ainsi, l’UMP a perdu dimanche une des deux seules Régions métropolitaines qu’elle était parvenue à conserver en 2004. La Corse, en effet, basculera à gauche - si ce courant parvient à s’entendre avec les autonomistes, qui, comme les indépendantistes, ont fait un bon score. Seule l’Alsace demeure à droite, elle qui n’a jamais été à gauche de toute son Histoire. En revanche, l’UMP a échoué à ravir les deux Régions où elle avait le plus d’espoirs : la Champagne-Ardenne et la Franche-Comté. Seule consolation à droite : l’outre-mer. L’UMP a remporté l’île de La Réunion, où la gauche était divisée. Voire pouvait espérer la Guyane (dont les résultats définitifs n’étaient pas attendus avant la nuit), grâce au débauchage d’un transfuge socialiste.
Il n’empêche, globalement, la défaite pour le pouvoir est cuisante. L’illustre notamment l’échec des huit ministres têtes de liste. Dès le début de la soirée, François Fillon a pris acte du fiasco et fait part de sa "déception". Le Premier ministre, toutefois, a plaidé pour "la continuité". Et a semblé appeler implicitement l’opinion à faire la part des choses, en rappelant que les élections régionales, depuis qu’elles existent (1986), avaient toujours sanctionné la majorité au pouvoir à Paris.
Le rappel de cette vérité, indéniable, n’épargnera sans doute pas des lendemains électoraux tendus à la droite. Dès dimanche soir, le chef de file des députés UMP, Jean-François Copé, a appelé son camp à revenir à ses "fondamentaux". Et les habituels francs-tireurs de la majorité (les députés villepinistes, l’ex-ministre Christine Boutin, etc.) ont insisté pour que Nicolas Sarkozy ne reste pas sourd au "message" de l’électeur mais prenne "des orientations nouvelles".
"Les Français ont parlé; il faut qu’ils soient entendus", a renchéri la socialiste Martine Aubry, après s’être félicitée d’"une victoire sans précédent". La chef de file de la gauche a appelé l’Elysée à "changer profondément de politique". Selon un sondage diffusé dimanche soir, 71 % des Français sont sur la même longueur d’ondes : ils veulent qu’une leçon nationale soit tirée de ce scrutin régional. Martine Aubry a invité son propre camp à la concorde, soulignant que "les Français nous aiment unis". Mais au PS, le beau score de Ségolène Royal en Poitou-Charentes (réélue avec 61 % des voix) ne passera sans doute pas inaperçu. En outre, le maire de Lyon, Gérard Collomb, l’a assez sèchement signifié, dès dimanche soir : les barons régionaux du PS n’entendent pas se faire voler leur victoire par l’état-major parisien. Enfin, pour Martine Aubry, la réélection confortable (54 %) du trublion Georges Frêche (exclu du PS pour dérapages verbaux) en Languedoc constitue un affront personnel.
A l’extrême droite, le Front national a confirmé dimanche son sursaut du premier tour (11,7 %), par rapport à sa raclée des européennes de 2009 (6 %). Autour de 24 % en Provence, Jean-Marie Le Pen a encore amélioré son score. Sa fille Marine (22 %) a elle aussi progressé, dans le Nord-Pas de Calais - et frisé les 45 % dans son fief de Hénin-Beaumont. Le FN a frôlé les 40 % dans ses bastions des Bouches du Rhône (Vitrolles, Marignane, etc.). Et, dans des grandes villes du Sud comme Arles, il a fait jeu égal avec l’UMP.
Dans cinq Régions parmi les douze où il était au second tour, le FN a récolté entre 17 et 23 % des voix. En moyenne, dans ces douze Régions où il a forcé des triangulaires, il a fait 17 %. Un chiffre qu’on apprécie au FN. C’est, en gros (16,8 %), le résultat de Jean-Marie Le Pen le 21 avril 2002.
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