Abonnez-vous a La Libre Belgique

Etats-Unis

Santé: Une rupture historique

Philippe Paquet

Mis en ligne le 23/03/2010

Le vote de la réforme de la santé est un événement sans précédent depuis 1965. Obama triomphe mais jamais le fossé n’a été aussi grand entre les deux partis.

Ted Kennedy est mort quelques mois trop tôt : qui, plus que l’ancien sénateur démocrate du Massachusetts, aurait aimé vivre ce moment, quand la Chambre des Représentants a écrit une page d’Histoire, dimanche soir, en adoptant le projet de réforme du système de santé américain pour lequel il avait mené son dernier combat, aux côtés du président Obama ?

La victoire a été arrachée de haute lutte : 219 voix pour (il en fallait 216) et 212 contre. Mais, plus que cette majorité étriquée, ce qui donne la mesure de l’exploit, c’est le fait que trente-quatre élus démocrates sont restés jusqu’au bout hostiles au projet de loi présenté pourtant par leur propre parti, les uns ("fiscalement conservateurs") parce qu’ils s’inquiétaient du coût de la réforme, les autres ("pro-life") parce qu’ils ne voulaient pas que l’assurance-maladie permette le remboursement sur fonds publics des avortements - Barack Obama ne s’était pas moins engagé à prendre un décret pour expressément interdire un tel financement.

Votée de justesse ou pas, la réforme dont Barack Obama avait fait un cheval de bataille de sa campagne électorale et un point essentiel de son programme de gouvernement, constitue un événement d’une portée considérable. C’est la première loi sociale d’une telle ampleur depuis l’adoption du Medicare - la couverture médicale destinée aux personnes âgées - en 1965 sous la présidence de Lyndon Johnson. Le député démocrate de Caroline du Sud James Clyburn n’a sans doute pas tort quand il la qualifie de "loi sur les droits civiques du XXIe siècle".

En saluant, peu avant minuit, depuis la Maison-Blanche, le couronnement de ses efforts, Barack Obama pouvait difficilement résister au lyrisme que dictaient les circonstances. " Nous avons refoulé l’influence indue des intérêts particuliers ", a-t-il commenté. " Nous n’avons pas cédé à la méfiance ou au cynisme ou à la peur. Au contraire, nous avons prouvé que nous sommes toujours un peuple capable de réaliser de grandes choses."

Cependant, si la loi qui va donner d’ici à 2020 une assurance-maladie à 32 millions d’Américains qui en sont dépourvus (elle en laissera encore 23 millions sans assurance, cependant), revêt un caractère exceptionnel, c’est aussi pour une autre raison: c’est la première fois dans l’histoire récente des Etats-Unis qu’une loi importante est votée sans le moindre soutien des Républicains. Pas en seul, en effet, n’a appuyé le projet de M. Obama.

Les analystes à Washington n’hésitent pas à souligner combien la réforme de la santé a opposé les deux grands partis et combien elle définit désormais leurs différences. Paradoxalement, alors que le nouveau président américain espérait gouverner en transcendant les clivages partisans au nom de l’intérêt national ou du simple bon sens, les Républicains ont réalisé leur union sacrée contre un projet de loi devenu à leurs yeux emblématique. L’hystérie qui les a animés depuis plus d’un an a transparu jusque dans le débat final, le député Paul Ryan du Wisconsin dépeignant "un Frankenstein fiscal", son collègue Lincoln Diaz-Balart de Floride évoquant "une étape décisive dans l’affaiblissement des Etats-Unis".

Aussi, si Barack Obama peut affronter l’échéance électorale de novembre prochain avec, à son crédit, une fameuse promesse tenue, ses adversaires ont clairement un mot d’ordre: reconquérir une majorité à la Chambre et au Sénat pour faire... abroger ce que la représentante de Caroline du Nord Virginia Foxx considère comme "un des exemples les plus choquants de loi d’ingénierie sociale dans l’histoire des Etats-Unis".

Taxés de "socialistes", coupables de favoriser une "ingérence intolérable du gouvernement dans la vie privée" des Américains en transformant "les docteurs en dictateurs", les Démocrates seront contre toute attente confrontés à un électorat que les sondages donnaient majoritairement hostile à la réforme, adoptée dès lors dimanche "contre la volonté du peuple", proclament les Républicains. Etant donné que tant les effets que le coût de la loi ne seront pas objectivement connus avant plusieurs années, l’issue des législatives de la mi-mandat dépendra pour une bonne part de l’interprétation que les Démocrates réussiront à en donner d’ici là.

Autres Informations

Facebook

À ne pas manquer

ESSENTIELLE

Retrouvez toute l'actualité féminine, mode et bien-être sur le site essentielle.be

Voyages

Destinations exclusives et parcours culturels.

Emploi

Trouvez un job

Haut de page