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Union européenne

Le cas grec fait toujours débat

Olivier le Bussy

Mis en ligne le 25/03/2010

Les Vingt-sept tenteront de conclure un accord sur un plan d’aide à la Grèce. L’Allemagne pourrait y souscrire, mais pas sans contrepartie.

Au début du mois de mars, on espérait, dans l’entourage du président du Conseil européen Herman Van Rompuy, que la pression des marchés sur la Grèce serait retombée avant le sommet européen qui se tiendra ces jeudi et vendredi à Bruxelles. "Sinon, ce sommet va encore générer de très hautes attentes", craignait-on au Juste Lipse. De plus, le Belge aurait souhaité pouvoir consacrer plus de temps au long terme - le débat sur la future stratégie économique européenne, dite 2020, notamment - qu’à l’urgence.

Force est néanmoins de constater que les doutes sur la solvabilité de la Grèce ne se sont pas envolés. Pour emprunter de quoi refinancer ses prochaines échéances de remboursement, quelque 20 milliards d’euro à débourser entre avril et mai, Athènes doit s’acquitter d’un taux d’intérêt exorbitant dépassant les 6 %.

Officiellement, pourtant, la crise des finances publiques grecques ne figure pas à l’agenda du Conseil européen.

"Franchement, je ne vois pas comment les chefs d’Etat et de gouvernement européens, et en particulier ceux de la zone euro, pourraient ne pas discuter de ce problème", insistait cependant le président de la Commission, José Manuel Barroso, mercredi devant le Parlement européen, à Bruxelles.

Car les spéculateurs attendent de voir comment les Vingt-sept vont s’accorder pour venir en aide à la Grèce, le cas échéant. Et parce que le problème dépasse d’ailleurs les frontières hellènes : l’euro pâtit des incertitudes liées à la Grèce. Un accord entre Européens contribuerait à stabiliser le cours de la monnaie unique - qui a frôlé, mercredi, 1,34 dollar, son plus bas depuis mai dernier - et à éviter un possible effet domino affectant d’autres pays en difficultés, comme le Portugal.

Il faut un plan, donc. Mais lequel ? Les ministres européens des Finances avaient défini, la semaine dernière, les modalités techniques d’un mécanisme de prêts bilatéraux qui seraient octroyés à la Grèce par les autres Etats membres de la zone euro.

Pour aboutir à un accord politique sur ce plan de sauvetage - à actionner, "si nécessaire", il faut cependant vaincre les réticences de l’Allemagne, très peu encline à secourir un des mauvais élèves de la zone euro. D’autant qu’à la veille d’une importante élection régionale dans le land de Nord-Westphalie, le plus peuplé d’Allemagne, la coalition chrétienne-démocrate/libérale pilotée par la chancelière Angela Merkel ne voulait en aucun cas donner aux contribuables allemands l’impression qu’ils devraient payer pour les erreurs des autres.

Paris s’est attelé cette semaine à assouplir la position allemande, en cédant à plusieurs revendications de Berlin, ouvrant la voie à un possible compromis. Même si Mme Merkel ne souhaite pas que le sommet accouche d’une décision sur la Grèce. "La question n’est pas de savoir si l’Allemagne participera" au système de prêts bilatéraux. "Elle participera", estime un diplomate européen.

Mais pas sans contrepartie. "L’Allemagne n’accepte pas une formule qui aurait pour seul objectif de rassurer les marchés", poursuit la même source. "Berlin cherche une formule qui donnerait la possibilité d’imposer une discipline budgétaire plus stricte aux Etats de la zone euro".

Quitte à rouvrir la boîte de Pandore d’une modification des traités. Angela Merkel avait déjà franchi le Rubicon, le 17 mars, en suggérant que les Etats ne respectant pas les règles puissent être exclus de la zone euro - hypothèse que le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, avait qualifiée "d’absurde". Le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble, proposait, lui, mercredi "de retirer le droit de vote aux fauteurs potentiels" lors des Conseils des ministres. Ambiance.

La semaine dernière, l’Allemagne, a également plaidé en faveur d’une intervention financière du Fonds monétaire international (FMI) pour la Grèce. Prenant contre-pied ses partenaires, qui juge(ai)ent déshonorant qu’une institution basée à Washington intervienne dans les affaires de la zone euro. "Ce débat est dépassé", explique le diplomate. "Quand on écartait une intervention du FMI, c’est parce qu’on ne se rendait pas compte de l’ampleur des dégâts".

Désormais, il est plus question d’une aide européenne qui compléterait celle du FMI que l’inverse. Même si l’idée continue de faire grincer des dents. "Si on avait recours au FMI, l’image de l’euro deviendrait celle d’une devise qui ne peut survivre que grâce à l’aide d’une organisation internationale dans laquelle les Européens n’ont pas la majorité et où les Américains et les Asiatiques ont de plus en plus d’influence", a déclaré l’Italien Lorenzo Bini Smaghi, membre du directoire de la BCE, dans une interview accordée à l’hebdomadaire "Die Zeit".

Quant au commissaire aux Affaires économiques, Olli Rehn, il a rappelé que la Commission n’avait pas d’objection à une intervention du FMI mais qu’elle privilégiait "une facilité financière basée dans la zone euro pour ce qui est un problème européen", insistant pour que les Européens conservent "le leadership" sur le pilotage du plan d’aide à la Grèce.

"Personne ne sait comment cette histoire va se terminer", dit à "La Libre", Antonio Missiroli, directeur des études du European policy center. "Chaque jour amène son lot de changements et de déclarations. Le sommet ne sera pas conclusif à ce sujet".

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