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Union européenne | Sommet de Bruxelles

L’UE ne laisse pas la Grèce en plan

Olivier le Bussy

Mis en ligne le 26/03/2010

Les Vingt-sept s’accordent sur un mécanisme d’aide à la Grèce . Où il est aussi question de “gouvernement économique de l’UE”.

Après deux mois de tergiversations, les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne ont conclu jeudi soir à Bruxelles un accord sur un mécanisme d’aide à la Grèce, frappée par une crise budgétaire dantesque, qui risque de contaminer la zone euro.

L’impulsion a été donnée par le tandem franco-allemand qui a soumis une proposition d’accord aux dirigeants des seize pays de la zone euro, qui l’ont approuvée en cours de soirée. Le texte a ensuite été soumis à l’ensemble des Vingt-sept, concernés par un paragraphe relatif à la gouvernance économique de l’Union.

Que dit ce texte en substance ? Que les Etats membres de la zone euro "réaffirment leur volonté d’entreprendre des actions déterminées et coordonnées, si nécessaire, pour préserver la stabilité financière de l’eurozone". Rien de neuf sous le soleil : c’est déjà ce qu’ils avaient déclaré lors du sommet informel du 11 février, sans parvenir, toutefois, à calmer les marchés. Malgré cette manifestation de soutien européen, les prêts accordés à la Grèce pour qu’elle refinance sa dette ont continué à être assortis de taux d’intérêts exorbitants.

Ce qui est neuf, en revanche, c’est cet accord politique sur le mécanisme d’aide à Athènes, dont l’Ecofin avait avait tracé les contours techniques, la semaine dernière.

Pour en arriver là, il aura fallu venir à bout des réticences de la chancelière allemande Angela Merkel à jouer la carte de la solidarité envers un Etat, la Grèce, dont l’indiscipline budgétaire était une seconde nature. Mme Merkel était d’autant moins pressée d’aider la Grèce qu’elle ne souhaitait pas exposer sa coalition à l’ire des contribuables allemands à deux mois d’importantes élections régionales dans le land de Rhénanie-Nord Westphalie. "Angela Merkel n’acceptait rien, du moins dans les termes", explique une source diplomatique. "Hier, il n’y avait rien, et ce matin non plus."

Mais après que l’agence de notation Fitch a abaissé, mercredi, la note de la dette souveraine du Portugal, la situation a pris un tour plus inquiétant encore pour la zone euro. Il fallait agir pour couper l’herbe sous le pied des spéculateurs.

Par ailleurs, Nicolas Sarkozy n’a pas ménagé sa peine pour "attendrir" Angela Merkel. Jeudi après-midi à Bruxelles, le Président français s’est entretenu en tête à tête avec la chancelière. Cet entretien a accouché d’une proposition conjointe de plan de sauvetage, présentée au président du Conseil européen, Herman Van Rompuy. "Il peut vivre avec cette proposition", commentait-on dans son entourage. A fortiori, poursuivait la même source, que des éléments d’un texte que Van Rompuy avait présenté à Paris la veille à Sarkozy se retrouvent dans le compromis franco-allemand.

Ce mécanisme de sauvetage prévoit que les Etats de la zone euro accordent des prêts à la Grèce sur base bilatérale mais de manière coordonnée. "L’accord que nous avons trouvé est clairement de nature préventive. L’objectif est de ne pas s’en servir", a précisé Nicolas Sarkozy. C’est seulement si la Grèce ne parvient plus à se financer sur les marchés que le mécanisme sera actionné, en dernier recours. La décision d’octroyer ces prêts devra être prise à l’unanimité de l’Eurogroupe, après évaluation de la Commission et de la Banque centrale européenne. "Nous verrons de quel montant les Grecs auraient besoin, nous le calculerons ensuite en fonction du poids respectif des Etats disposés à contribuer", a déclaré le Premier ministre belge Yves Leterme, précisant que la Grèce n’avait encore rien demandé. Et d’assurer qu’une contribution belge ne grèverait pas les caisses de l’Etat : "La Belgique emprunterait de l’argent sur le marché et les Grecs devraient ensuite rembourser à un taux plus élevé que le marché".

Les Européens ne supporteraient pas seuls le poids de l’opération. Le Fonds monétaire international (FMI) interviendrait pour une part "substantielle" (on parle d’un tiers) du paquet de prêts pour lequel on cite le chiffre de 22 milliards d’euros. Voilà qui restera dans la gorge de certains. Plus tôt dans la journée, le président de la BCE, Jean-Claude Trichet déclarait que "si le FMI ou une quelconque instance [ ] exerce à la place de l’Eurogroupe, à la place des gouvernements, leur responsabilité, c’est évidemment très, très mauvais".

Le ton était autre autour de la table de l’Eurogroupe, assure Yves Leterme : "M. Trichet a soutenu la démarche, tout en insistant pour qu’elle soit unanime. Alors que cette perspective glaçait d’effroi certains Etats, personne ne s’est opposé à la participation du FMI.

Berlin exigeait qu’en contrepartie de l’effort consenti pour aider la Grèce, les Européens s’engagent à un renforcement du Pacte de stabilité, en vertu duquel les Etats de la zone euro sont tenus de maintenir leurs finances publiques à l’équilibre. Aussi l’accord insiste-il sur le renforcement des instruments de surveillance et des mécanismes de sanctions des mauvais élèves.

Enfin, le texte mentionne noir sur blanc la création d’"un gouvernement économique de l’Union européenne". Gouvernement ?! C’est aller un pont trop loin pour certains Etats, qui insistent pour que soit plutôt utilisée l’expression "gouvernance économique". Gouvernement ou gouvernance, la tâche serait dévolue au Conseil européen, qui devra promouvoir "une forte coordination des politiques économiques en Europe". On n’y est pas encore.

Les Vingt-sept ont prié à Herman Van Rompuy d’établir un groupe de travail, chargé de présenter des mesures dans ce sens "avant la fin de l’année". Après avoir empoisonné l’atmosphère dans l’Union, la crise grecque aura peut-être servi à quelque chose.

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