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Affaires étrangères

Lady Ashton a dessiné son corps diplomatique

Mis en ligne le 26/03/2010

Diplomatie. Il est rêvé autant que redouté. Imaginez : un service d’action extérieure offrant à l’Union toute la panoplie du parfait diplomate, celui qui pèse de tout son poids, alliant la politique à l’économie, le développement à la gestion des crises, la sécurité au service consulaire.

Bref, un organe inédit, autonome, permettant à l’Europe d’exister efficacement sur la scène internationale, "le meilleur de ce que nous pouvons offrir", assure sa cheffe, Catherine Ashton. Oui mais S’il était piloté par les Britanniques et leurs alliés ? Dominé par les vieux et/ou les grands pays membres ? Et si la Commission accroissait son pouvoir au détriment des États ? Ou l’inverse ? Et qui aura véritablement la main sur la manne de l’aide au développement ? Les craintes ne manquent pas et les luttes d’influence font rage. La Haute représentante pour la politique étrangère a dévoilé, jeudi à Bruxelles, le contour juridique de son service diplomatique, "un réseau mondial" qui s’appuiera sur près de 140 délégations éparpillées sur la planète et une armée de fonctionnaires.

Aprement négociée entre institutions, sa création se révèle pour le moins ardue. Le Parlement européen n’a d’ailleurs pas traîné pour torpiller la proposition de Lady Ashton. Les rapporteurs démocrate-chrétien Elmar Brok et libéral Guy Verhofstadt, ainsi que le socialiste Hannes Swoboda et les Verts Rebecca Harms et Daniel Cohn-Bendit, la jugent tout bonnement "inacceptable". Parce que "la responsabilité politique du service d’action extérieure envers le Parlement européen n’est pas abordée". Parce que les compétences en matière de développement sont gérées de manière "incohérente" - Catherine Ashton en assurerait la direction stratégique, mais les décisions se prendraient avec la Commission.

Parce qu’un "secrétaire général tout puissant, flanqué de secrétaires généraux adjoints, ne sont pas des personnalités politiquement crédibles" pour "s’engager et engager la Haute représentante devant le Parlement ainsi que face à nos partenaires des pays tiers". L’Allemand Elmar Brok voit même, de manière imagée, ce bras droit "tapi comme une araignée sur sa toile". La toile en question est en tout cas très convoitée. Pas un jour sans que la Baronne ne reçoive des noms pour la fonction, l’Irlandais David O’Sullivan par exemple ou le Français Pierre Vimont. Comme on le rappelle dans son entourage, Catherine Ashton a plusieurs casquettes et près de 200 moments de représentation par mois. Si l’on considère qu’elle ne dispose pas du don d’ubiquité, il est clair qu’il lui faut un remplaçant. Quoi qu’il en soit, "nous voulons un bon équilibre géographique", a assuré la Britannique, avant de remarquer que cela "prendra du temps".

Les Vingt-sept doivent pouvoir tous se reconnaître dans ce service d’action extérieure. "Je vais demander aux Etats membres de nous fournir ce qu’ils ont de mieux, pour nous assurer d’un service dont toute l’Europe peut être fière."

Son service nécessitera toutefois visiblement quelques séances de négociations avant de voir le jour, bien que Catherine Ashton, dont les premières semaines en tant que Haute représentante ont été émaillées de critiques, en ait grand besoin. "C’est un travail impossible mais je suis toujours là et je le fais", a-t-elle ironisé. En plus, "nous avons bonne réputation , on ne dit pas assez combien nous sommes bons sur le terrain". S.Vt.

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