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Soudan

L’accord de paix est menacé au Soudan

Marie-France Cros

Mis en ligne le 02/04/2010

Les irrégularités s’accumulent à la veille des élections générales. Les partis d’opposition ont annoncé un boycott total. L’accord de paix est en danger.

Le Soudan doit tenir des élections générales du 11 au 13 avril, comme le prévoit l’accord de paix de 2005 qui a mis fin à 21 ans de guerre civile entre l’Etat central, ux mains des islamistes, et le Sud, chrétien et animiste (1,5 million de morts).

Mais un des principaux candidats à la présidentielle, Yasir Arman, du SPLM (sudistes) a annoncé mercredi qu’il se retirait de la course en raison des "irrégularités dans le processus électoral" en faveur du président sortant, le général El Béchir. Les trois principales composantes du Consensus national, à savoir le Parti Umma (nationaliste), le Parti communiste et le Parti unioniste démocrate (DUP)., ont décidé de l’imiter, et ont annoncé hier un boycottage total des prochaines élections législatives, régionales et présidentielle. Le chef de l’Etat sortant risque donc d’être le seul candidat en lice, ce qui décrédibiliserait le scrutin.

C’est un signal négatif pources élections générales. La manière dont ils se dérouleront est en effet une indication précieuse des chances de succès du référendum sur l’autodétermination du Sud-Soudan, fixé à janvier 2011 - donc des chances de survie de la paix.

Les dernières élections crédibles au Soudan datent de 1986, trois ans avant le coup d’Etat du général El Béchir. Celui-ci est, depuis un an, sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour sept accusations de crime contre l’humanité et crime de guerre dans la guerre civile au Darfour (région à l’ouest du Soudan).

Ces élections sont une étape indispensable à la mise en œuvre du plan de paix de 2005. Or, elles vont se dérouler dans de mauvaises conditions qui suscitent l’inquiétude quant à l’avenir de la paix et qui procèdent de la même volonté évidente de Khartoum de ne pas remplir sa part de l’accord de paix avec le Sud.

Ce texte prévoyait que les scrutins soient précédés d’un recensement. Or ce dernier a été très contesté par les Sudistes : il ne leur attribuait en effet que 3,8 millions d’habitants sur les 38 millions de Soudanais, alors que les estimations fixent généralement la population du Sud à environ un tiers de la population totale. Après que les Sudistes eurent menacé de ne pas participer au processus électoral, leur nombre officiel fut porté à 8,2 millions

Le recensement a servi à dessiner les districts électoraux, fixer le nombre d’élus et organiser la confection des listes électorales - in fine au bénéfice du général El Béchir. Au Darfour, en proie à la guerre civile, les 2,6 millions de déplacés n’ont pas été enrôlés sur les listes, au contraire de Tchadiens et Nigériens recrutés pour l’occasion comme "citoyens soudanais", a dénoncé l’International Crisis Group.

Quelque 10 000 bureaux de vote sont prévus dans la partie Nord, 5000 dans la partie Sud. Mais les premiers bulletins ne sont arrivés au Sud-Soudan que le 12 mars. Le Centre Carter - seule ONG étrangère autorisée à observer le processus électoral - a conseillé à la mi-mars un report des scrutins parce que la liste finale des électeurs n’est pas prête et aussi en raison d’une série de modifications récentes dans les procédures d’un vote déjà compliqué. Ce conseil a fâché le président El Béchir, qui a menacé les membres du Centre Carter de "leur couper les doigts" et "les écraser sous nos chaussures".

Reste que si l’on compte officiellement 15,7 millions d’électeurs inscrits (81 % du corps électoral), certaines autorités sudistes dénoncent l’absence de plusieurs milliers de noms d’inscrits sur les listes électorales officielles.

Les Sudistes s’inquiètent également de ce que Khartoum a annoncé à l’ONU, il y a quelques semaines, que contrairement à ce qui était prévu jusque-là - faire imprimer les bulletins de vote par une imprimerie slovène - ceux concernant les principaux scrutins le seraient, aux frais de l’Etat soudanais, par une imprimerie nationale aux ordres du gouvernement de Khartoum. L’opposition craint que ce dernier n’organise ainsi de faciles bourrages d’urnes.

Certains Sudistes craignent en outre que le pouvoir central n’instrumentalise les pasteurs nomades misseriyas (qu’il utilise depuis de longues années dans des razzias contre les régions qui lui sont hostiles) actuellement en migration saisonnière au Sud-Soudan pour y fomenter des troubles.

D’autres opposants dénoncent un nettoyage ethnique perpétré au Darfour par des milices arabes utilisées habituellement par Khartoum. Cette région est traditionnelement acquise au parti musulman modéré de Sadek El-Mahdi, Premier ministre renversé en 1989 par le général El Béchir, islamiste. Le bouclage par Khartoum y est tel que le parti sudiste SPLM a renoncé mercredi à participer même aux législatives.

L’ONG américaine de défense des droits de l’homme Human Rights Watch a dénoncé pour sa part les restrictions à la liberté d’expression, les arrestations d’opposants et un accès inéquitable aux médias tant au Sud-Soudan que dans le pays en général.

Enfin, les élections, auxquelles se présent(ai)ent 69 partis et de nombreux indépendants, sont très complexes puisque les votants devront remplir pas moins de huit bulletins. Ils doivent en effet choisir le chef de l’Etat, les députés nationaux, les gouverneurs des Etats fédérés, les députés de ces Etats, les élus des districts et des assemblées locales et les femmes auxquelles est réservée une partie des sièges de députés nationaux. Pour les Sudistes s’y ajoutent le président de l’Etat aujourd’hui semi-autonome du Sud-Soudan (en attendant le référendum sur son autodétermination), ainsi que l’assemblée sudiste. Et cela dans un pays où le nombre d’analphabètes est important, en particulier dans le Sud, où la majorité de la population n’a jamais tenu un crayon en main.

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