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France
Le rock metal heurte à l’UMP
Bernard Delattre
Mis en ligne le 02/04/2010
"Allons, il faut raison garder !" Frédéric Mitterrand a eu toutes les peines du monde à se faire entendre à l’Assemblée nationale, mardi après-midi. Huées, claquements de pupitres, exclamations, bruit ininterrompu : le ministre de la Culture a dû s’expliquer dans un véritable "chahut", dixit le président de l’Assemblée lui-même, Bernard Accoyer.
L’ex-présentateur de télévision était interrogé sur les vives critiques formulées par deux ténors de la majorité à l’encontre de "Hellfest". Ce festival de musique rock, tendance heavy metal, se tient chaque année depuis 2005 dans une bourgade près de Nantes (Loire-Atlantique). Cette année encore, à la mi-juin, 60000 personnes y sont attendues pour applaudir des artistes comme Alice Cooper, Motörhead, Sepultura ou Kiss. Mais cet événement et ce type de musique ne plaisent pas à l’aile droite de la majorité.
Ainsi, le tribun souverainiste (récent rallié à Nicolas Sarkozy) Philippe de Villiers a dénoncé la subvention accordée à ce "festival sataniste" par la Région (à majorité socialiste) des Pays de Loire. Et l’ex-ministre Christine Boutin, du Parti chrétien-démocrate, a accablé un festival qui "promeut et véhicule la culture de mort". Car axé sur une musique à même d’"influencer négativement des jeunes en fragilités psychologiques, au point de les amener à poser des actes graves et violents".
Fureur, du coup, de députés socialistes. Pour qui "dans la France des lumières, la diversité culturelle, notamment musicale, est étouffée" par ces attaques. Prié par le PS de réitérer son appui à cette diversité en associant "l’ensemble des musiques, dont le rock metal, aux financements ministériels", Frédéric Mitterrand a fait le service minimum. Il a dit pouvoir "comprendre que cette expression artistique puisse parfois heurter certaines sensibilités". Mais a considéré qu’il ne lui revenait ni de se positionner "sur le bien-fondé de cette programmation", "ni, à plus forte raison, de susciter des initiatives visant à empêcher la manifestation".
"Courage, fuyons !", lui a-t-on lancé depuis les bancs socialistes. A l’UMP, on n’a applaudi que mollement le ministre. Qui, selon un député sarkozyste, "a failli à sa mission" en ne condamnant pas "des chanteurs dont les moteurs sont la haine et la violence". Les organisateurs de "Hellfest", eux, ne sont pas encore revenus des propos "blessants et diffamatoires" d "hommes politiques bien pensants et conservateurs", jugés peu soucieux d’"une politique culturelle respectueuse des goûts de chacun". "Aux Etats-Unis, encore, on est habitué à subir des attaques de la part des mouvements religieux extrémistes", commentait jeudi le leader du groupe de metal français Loudblast, "atterré" d’entendre "de telles aberrations" en France : "une première" selon lui.
La dernière fois que Frédéric Mitterrand avait dû se prononcer sur le contenu musical d’un festival, c’était à l’été 2009. Le ministre avait vu une "polémique tout à fait ridicule" dans le tumulte suscité par la déprogrammation du rappeur Orelsan des Francofolies de La Rochelle, pour sa chanson intitulée "Sale Pute". Il avait reconnu au rappeur "le droit de s’exprimer" et n’avait "rien vu de choquant ni de répréhensible" dans sa façon de le faire. "Rimbaud a écrit des choses bien plus violentes et qui sont devenues des classiques", avait-il ajouté. A l’époque, c’était l’UMP qui était en croisade contre la déprogrammation "inacceptable" d’Orelsan, attribuée à un "chantage à la subvention" de la présidente PS de la Région Poitou-Charentes, Ségolène Royal. Cette affaire avait d’ailleurs divisé le PS. Jack Lang avait fustigé "une censure morale". Mais à Paris, la mairie de Bertrand Delanoë avait retiré les albums controversés du rappeur des médiathèques municipales - une décision "regrettable" pour la Ligue des droits de l’homme.
C’est non au PS mais à la droite, cela dit, qu’une certaine culture musicale jeune a souvent posé problème. En 1997, les rappeurs des groupes NTM et Ministère Amer ont été condamnés à de la prison (avec sursis) et des amendes pour des chansons jugées outrageantes envers la police. En 2005, leurs collègues du groupe Sniper ont été relaxés après des poursuites similaires. Idem en 2006 pour Monsieur RR, jugé pour le clip d’une chanson ("FranSSe") dans lequel, selon l’UMP, le drapeau français était déshonoré. Surtout, depuis huit ans, le rappeur Hamé, du groupe "La Rumeur", est poursuivi en diffamation. Depuis qu’en 2002, il a ulcéré Nicolas Sarkozy en dénonçant "les rapports du ministère de l’Intérieur, (qui) ne feront jamais état des centaines de nos frères abattus par les forces de police". Malgré des relaxes en instance puis en appel, l’affaire est toujours en cours. Car l’Etat, par deux fois, s’est pourvu en Cassation - double procédure rarissime dans un même dossier.
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