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Russie

Le cercle vicieux au Caucase

Boris Toumanov

Mis en ligne le 03/04/2010

Dimitri Medvedev met l’accent sur la priorité que sont les investissements massifs dans la région. Vladimir Poutine se montre plus guerrier.

Le double attentat suicide dans le métro de Moscou suivi d’un acte identique à Kizliar au Daguestan, qui ont fait plus de cinquante morts, permettent de déceler un visible changement dans la réaction de l’opinion et des autorités russes face à ce genre de phénomène. A part un ou deux excès antimusulmans spontanés qu’on a enregistrés à Moscou le jour de l’acte terroriste, on n’a observé dans toute la Russie aucune manifestation "caucasophobe". Les Russes se sont, en revanche, unis dans un mouvement de solidarité qui a pris cette fois une dimension spectaculaire. Les observateurs y voient la confirmation des symptômes du réveil de la conscience civile concrétisé ces derniers mois par une recrudescence des protestations sociales.

Les responsables et la population des régions du Caucase du Nord ont par surcroît énergiquement protesté contre les tentatives d’une certaine presse de Moscou de présenter cette région comme "définitivement perdue" pour la Russie et de suggérer même "de s’en débarrasser ". "Il suffit de présenter les peuples de notre région comme une tribu de bandits à cause d’un petit groupe de fanatiques. Nous sommes nous aussi citoyens de la Russie et nous voulons y vivre comme tous les autres" , nous a déclaré avec véhémence un Daguestanais, chauffeur du bus qui fait la navette entre la ville de Kizliar et Moscou.

Il est à noter que, conscients de ce contexte, les responsables russes - et notamment le président Medvedev - abandonnent leur habituel langage matamoresque pour parler moins de mesures répressives que de la nécessité d’améliorer de manière radicale la situation économique et sociale au Caucase du Nord qui représente actuellement un véritable bouillon de culture pour l’extrémisme. Pendant que Vladimir Poutine, suivant sa marotte, promet "de zigouiller les terroristes dans les égouts" , Dimitri Medvedev met l’accent sur la priorité d’investissements massifs au Caucase du Nord et condamne toute velléité de "caucasophobie".

Cependant les autorités russes semblent ignorer toujours la nature et les buts du phénomène terroriste dans cette région. Les origines daguestanaises de l’une des femmes qui a perpétré l’attentat suicide à Moscou confirment l’hypothèse selon laquelle le terrorisme caucasien a définitivement perdu sa connotation tchétchène initiale et qu’il a fait tache d’huile dans toute la région. Le fait que cette jeune femme de 17 ans dûment endoctrinée se soit sacrifiée uniquement pour venger la mort de son époux terroriste semble démontrer qu’on a affaire en l’occurrence à un groupe restreint de fanatiques sans but politique précis. Ce qui rend particulièrement difficile leur neutralisation.

En désespoir de cause, nombre de responsables russes proposent même de favoriser le clergé musulman du Caucase du Nord appartenant à la tendance classique ou modérée de l’islam pour opposer leur autorité morale au radicalisme islamique dont s’inspirent les terroristes. Malheureusement c’est précisément pour cette raison que les prêtres musulmans modérés deviennent eux aussi les cibles des terroristes.

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