Abonnez-vous a La Libre Belgique

Birmanie

La Birmanie une nouvelle fois en passe d'éviter un blâme de l'Asean

AFP

Mis en ligne le 06/04/2010

Certains, comme le Vietnam, pays hôte où les observateurs dénoncent une dégradation des droits de l'Homme, n'ont aucun intérêt à mettre le dossier sur la table.

La junte birmane, qui organise des élections controversées, risque une nouvelle fois de s'en tirer à bon compte lors du sommet des pays d'Asie du Sud-Est cette semaine, ses partenaires étant moins que jamais prêts à partir en guerre sur les droits l'Homme, jugent des experts.

Certains, comme le Vietnam, pays hôte où les observateurs dénoncent une dégradation des droits de l'Homme, n'ont aucun intérêt à mettre le dossier sur la table. D'autres, comme la Thaïlande, embourbée dans une interminable crise politique, n'ont pas vraiment moyen de faire pression.

Le mois dernier, le ministre des Affaires étrangères des Philippines, Alberto Romulo, s'est prononcé pour un appel des dirigeants de l'Asean, réunis jeudi et vendredi à Hanoï, à un changement des lois électorales birmanes. La junte au pouvoir en Birmanie a lancé le processus des premières législatives dans le pays en 20 ans, promulguant une série de règles controversées pour l'occasion.

Celles-ci interdisent aux partis qui se présentent de conserver dans leurs rangs des prisonniers politiques, une façon d'écarter la menace que représente l'opposante Aung San Suu Kyi, toujours en résidence surveillée. La Ligue nationale pour la démocratie (LND), son parti, a du coup décidé de boycotter le scrutin. Le sacro-saint principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des pays membres a jusqu'ici toujours rendu illusoire une ligne ferme de l'Asean face à la junte. Et face à Manille, le Vietnam, occupé par ailleurs à tisser des liens économiques avec la Birmanie, n'est sans doute pas le seul à vouloir faire profil bas sur les droits de l'Homme.

Le Laos, communiste également, et le Cambodge craignent par exemple aussi de créer un précédent, de rendre de plus en plus acceptable l'idée qu'on puisse parler droits de l'Homme au sein de l'Asean, estime Christopher Roberts, chercheur à l'Université de Canberra. "Je pense que c'est une préoccupation centrale", estime-t-il. Pour Pavin Chachavalpongpun, de l'Institut d'études d'Asie du Sud-Est de Singapour, l'état d'esprit au sein du bloc est plutôt celui-ci: "Ils organisent des élections, de quoi vous plaignez-vous?"

Même si la légitimité du scrutin birman est douteuse, "les régimes de l'Asean ne sont pas tous légitimes de toute façon". En plus de deux pays communistes, l'Asean compte une monarchie absolue (Brunei) et une dictature militaire (Birmanie). A Singapour, le même parti règne depuis 1959. Même un pays comme la Thaïlande est en position délicate, juge-t-il: Abhisit Vejjajiva n'a pas été élu Premier ministre par le peuple et il refuse les demandes d'élections anticipées répétées par des dizaines de milliers de manifestants qui bloquent les rues de Bangkok pour obtenir son départ.

Phil Robertson, responsable-adjoint Asie à Human Rights Watch, voit cependant un "fossé croissant de valeurs au sein de l'Asean", entre des pays conservateurs et d'autres, souvent emmenés par l'Indonésie, qui cherchent le changement. Pour Yap Swee Seng, directeur exécutif de Forum-Asie, groupement régional d'organismes de défense des droits de l'Homme, le bloc est à un tournant.

Le rapide développement économique et de meilleurs niveaux d'éducation ont permis l'émergence d'une classe moyenne qui pousse à plus de démocratie dans un certain nombre de pays, même au Vietnam, estime-t-il. "Ces gens veulent une participation accrue au processus de décision", affirme-t-il. Toute la question est de savoir si les régimes pourront s'y adapter.

Autres Informations

À ne pas manquer

SUPERBOWL

Madonna superstar du Superbowl : découvrez sa prestation épatante.

Voyages

Destinations exclusives et parcours culturels.

Emploi

Trouvez un job

Facebook

Haut de page