La Libre.be > Actu > International > Article
Grande-Bretagne
Brown remet son poste en jeu
Xavier Goossens
Mis en ligne le 07/04/2010
Gordon Brown a enfin confirmé la date des élections générales au Royaume-Uni. Chemise bleue et cravate rose, bien entouré de ses ministres échelonnés sur le pas de la porte du 10 Downing street, tout sourire sous le soleil printanier, le Premier ministre a révélé "le secret le moins bien gardé des dernières années". Les Britanniques décideront le 6 mai s’ils veulent 13 autres années de "Nouveau Labour" ou s’ils préfèrent donner une chance au "Conservateurs modernes" de David Cameron". Le 6 mai, c’est la sainte Prudence. Les traditions politiques britanniques sont magnifiques.
Avant cela, Gordon Brown s’était fait conduire au Palais de Buckingham où il avait formellement demandé à la Souveraine de dissoudre la Chambre des Communes en vue d’élections générales. La Reine Elizabeth II avait "gracieusement" acquiescé au cours d’une longue conversation de vingt minutes. Revenu à Downing street, où ses ministres avaient une heure plus tôt ratifié le manifeste électoral du Parti travailliste, Gordon Brown a demandé aux électeurs la reconduction de son mandat : "La Grande-Bretagne est sur la voie du redressement. Nous ne devons pas permettre que treize années d’investissement et de réforme des services publics soient remis en question."
Et le Premier ministre de s’engouffrer avec sa femme, Sarah, dans sa voiture officielle en direction de la gare de saint-Pancras. Destination : une de cette cinquantaine de circonscriptions dites "marginales" où vont se jouer les élections. On a calculé que les conservateurs y ont besoin d’un déplacement de voix d’au moins 10% pour obtenir la plus mince des majorités au Parlement de Westminster.
Cette vieille démocratie occidentale ne cesse de surprendre. Aux dernières élections de 2005, Tony Blair, l’inventeur du New Labour et le prédécesseur de M. Brown, avait obtenu 55% des sièges à la Chambre des Communes (356) avec 35 % seulement des voix dans le pays tandis que les conservateurs n’y disposaient que de 30 % des sièges (198) avec 32 % des suffrages. Et que dire des libéraux, qui ne disposaient que de 62 parlementaires (moins de 10 %) avec le soutien de plus d’un cinquième de l’électorat ?
Cette interminable campagne électorale, qui avait pratiquement commencé le 1er janvier, va donc une fois de plus mettre face à face travaillistes, conservateurs et, sans aucune chance de jamais former seul un gouvernement, les libéraux de Nick Clegg. Le UKIP (Parti pour l’Indépendance du Royaume-Uni) et le BNP (British National Party), les deux partis d’extrême droite qui avaient fait frémir les bonnes gens lors des élections européennes, sont condamnés par le système majoritaire à un tour à faire de la figuration.
Au moment où M. Brown se présentait comme le défenseur des services publics, David Cameron annonçait la couleur de sa campagne : "Nous allons mener cette campagne pour ceux qui ont été ignorés (par les travaillistes). Ceux qui travaillent dur, paient leurs impôts, obéissent aux lois, aux braves et honnêtes gens qui ont besoin d’espérer que tout est toujours possible en Grande-Bretagne. C’est la mission des conservateurs, c’est ma mission." On connaît les soucis de ces "braves et honnêtes gens" : un plafond doit être placé à l’immigration qui a paru incontrôlable sous les travaillistes, une halte doit être imposée à l’intégration européenne sous peine de déclencher un référendum automatique sur l’Union, un terme doit être mis à la violence qui a augmenté de près de moitié depuis l’arrivée de M. Blair au pouvoir, le travail doit être rendu obligatoire à une partie de ces 2,4 millions "d’invalides et incapables de travailler" recensés en Grande-Bretagne, une cure d’amaigrissement s’impose aux services publics qui emploient en 2010 plus d’un million de personnes de plus qu’en 1997, lors du premier triomphe de Tony Blair. Ce message va être chanté sur tous les tons.
La presse (qui a pris parti dans son énorme majorité pour les conservateurs), la radio et la télévision vont rester comme en 1997 les grands porteurs de message. La BBC et les chaînes privées Sky et ITV, diffuseront, pour la première fois, trois grands débats mettant face à face MM. Brown, Cameron et Clegg. Mais il n’est plus question dans les conversations que de Facebook, Twitter et YouTube. Gordon Brown a fait rire de lui quand il a tenté de faire passer ses messages et son sourire par YouTube mais sa femme a réussi au-delà de toute espérance sur Twitter. Les conservateurs ont lancé "myconservatives. com" et il suffit de cliquer pour voir les videos de M. Cameron. Jamais une campagne n’aura paru aussi américaine, aussi présidentielle.
Selon les sondages d’opinion qui se succèdent quotidiennement, l’avance de 10 % et plus, promise pendant des mois aux conservateurs, s’est résorbée au cours des dernières semaines au point de donner l’espoir à l’impopulaire Brown de survivre à la tête d’un gouvernement de coalition avec le parti libéral.
Hélas pour les organisateurs de sondages et les amateurs de suspense, les hésitations de l’électorat paraissent s’être dissipées. Les conservateurs ont embauché les publicistes réputés Saatchi and Saatchi, qui avaient porté au pouvoir Margaret Thatcher. Maintenant que les grands thèmes de la campagne se précisent, les tories ont repris l’ascendant avec une dizaine de points d’avance dans les deux derniers sondages.
La tâche à laquelle les conservateurs sont confrontés reste énorme. Le sondage le plus favorable publié mardi par le "Sun", le journal à grand tirage, promettait 41 % aux conservateurs, 31 % aux travaillistes et 18 % aux libéraux. Ces chiffres ne se traduiraient, selon UK Polling, spécialiste de ces études, que par une majorité de dix sièges à la Chambre des Communes. Encore, n’est-ce rien dire du nombre d’abstentions que pourrait venir gonfler le désenchantement de l’opinion après les scandales au Parlement de Westminster, où les députés de tous bords avaient remis les notes de frais les plus désopilantes et où d’anciens ministres se disaient prêts à monnayer leurs services. Pour le politologue Stuart Wilks-Heeg, "tous les partis vont souffrir. Beaucoup de gens ne veulent pas voter".
10mn28 pour gravir l’Empire...
Barack Obama teste une arme redoutable
Parodie: Sarkozy face à la crise
Charles et Camilla fêtent Dickens