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Japon

Le "samouraï" combat stress et kilos

Vincent Touraine

Mis en ligne le 28/05/2010

La gym à la mode à Tokyo fait appel aux valeurs ancestrales du Japon.
Correspondant à Tokyo

La salle de gym du "Studio Ikejiri" près de Shibuya ressemble à toutes les autres. Parquet au sol, vastes miroirs pour se regarder transpirer et sonorisation digne d’une boîte de nuit. En ce samedi matin règne une ambiance électrique. Les jeunes femmes qui s’y précipitent savent qu’elles vont vivre une expérience unique : la gym version "samouraï". Un exercice physique "new age" qui mêle rythmes techno et maniement du "katana", le sabre traditionnel japonais.

Takafuji Ukon, l’inventeur de la méthode, est la coqueluche des médias japonais depuis qu’il a lancé son cours au début de l’année. A 31 ans, il voue un véritable culte au maniement du sabre. Egalement passionné de danse et de fitness, l’idée lui est naturellement venue de fusionner les deux. Sa méthode serait inspirée de la danse qu’exécutaient il y a plusieurs siècles les guerriers samouraï pour pacifier l’âme des défunts. "J’ai pensé qu’il serait intéressant de marier exercice et tradition japonaise, pour aider les gens à perdre du poids, tout en s’amusant", affirme-t-il.

Dès le début de la séance, le ton est donné : "Pied droit en avant, coupez de haut en bas !" scande l’instructeur. Pendant tout le cours, Takafuji imprime le rythme, enchaînant les combinaisons de mouvements de sabre. Le tempo s’accélère, les habituées suivent, les novices sont dépassées. "Taillez dans vos émotions négatives, votre stress", répète-t-il à l’envi.

Maniement du sabre oblige, la séance pourrait rapidement virer au bain de sang. Mais l’exercice est sans danger : les accessoires en question sont factices, aucun risque de se trancher un membre ou de crever un œil à son voisin.

Depuis qu’elle connaît la méthode samouraï, Kazuko a abandonné ses cours d’aérobic. Armée de son sabre en toc, cette informaticienne quadragénaire s’est carrément prise au jeu. "J’ai l’impression de trucider des méchants, comme si j’étais une sorte de héros dans un feuilleton télé historique ", dit-elle en riant. Pour son mentor, cela n’a rien d’étonnant. "Cette gym permet à mes élèves de devenir la personne qu’elles ont toujours rêvé d’être", assène Takafuji Ukon.

Mais le régime samouraï, c’est aussi un moyen de mincir rapidement, si l’on en croit son concepteur. A raison d’une séance de gym hebdomadaire, la méthode ferait perdre jusqu’à 5 kilos par mois à ses adeptes. Tout cela pour un peu plus de 70 euros mensuels. Ayako, une des élèves les plus assidues du groupe, ne tarit pas d’éloges sur les bienfaits du "régime samouraï". "J’ai déjà perdu quatre kilos", dit la jeune vendeuse de kimonos à la taille de guèpe. "Mais ce qui me fait encore plus plaisir, c’est que je suis beaucoup plus mince maintenant ", ajoute-t-elle d’un air satisfait.

Alors qu’ils s’adressaient au départ un public d’hommes, a priori férus d’arts martiaux, les cours de Takafuji sont vite devenus exclusivement féminins. Depuis quelque temps, les Japonaises se passionnent pour les chefs de guerre de l’époque féodale. Le moindre "drama" consacré à cette période fait un véritable carton à la télévision. Alors que les femmes se rêvent en guerrières, les sociologues nippons ont identifié une nouvelle catégorie d’hommes : les mâles "herbivores". Ils sont passifs, doux comme des agneaux, et ne s’intéressent pas au sexe. Aux antipodes des "carnivores" de l’après-guerre. Autant dire le monde à l’envers.

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