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Israël
Le blocus de Gaza bientôt allégé ?
Renée-Anne Gutter
Mis en ligne le 07/06/2010
Soulagés par le dénouement non-violent de l’arraisonnement du navire "Rachel Corrie", Israël se prépare néanmoins à de nouvelles épreuves.
D’une part, de nouvelles flottilles humanitaires s’annoncent déjà pour les jours ou semaines à venir. D’autre part, les pressions s’intensifient tant dans le monde qu’en Israël, pour l’ouverture d’une enquête indépendante sur l’abordage sanglant du "Mavi Marmara", lundi dernier, qui a fait neuf morts et une quarantaine de blessés parmi les passagers, et pour la levée du blocus qu’Israël impose à Gaza depuis trois ans.
Les 19 personnes qui étaient à bord du cargo "Rachel Corrie" - 11 passagers (6 Irlandais et 5 Malaisiens) et 8 membres d’équipage (6 Philippins, un Britannique, un Cubain) - n’ont opposé de résistance ni à l’abordage de leur bateau, ni aux ordres d’expulsion émis ensuite à leur encontre par les autorités israéliennes. Tous devaient quitter Israël dimanche. Selon Israël, ce pacifisme qui a contrasté avec la violence des passagers du "Mavi Marmara" confirme que ces derniers - ou en tout cas une partie d’entre eux - avaient des intentions "terroristes".
Selon des informations données dimanche par Benjamin Netanyahou, ceux qui ont assailli les soldats israéliens formaient un groupe séparé, qui s’était organisé et joint à la flottille séparément des autres participants. Ils auraient embarqué dans un autre port, sans contrôle sécuritaire.
En tout cas, le mouvement Free Gaza ("Libérez Gaza") qui a chapeauté la flottille, a annoncé dimanche qu’il préparait déjà une nouvelle expédition. A Beyrouth, encouragé par le Hezbollah, des mouvements libanais ont annoncé samedi qu’ils comptaient envoyer un bateau à Gaza dès la fin de cette semaine, avec à son bord 50 journalistes et 25 militants européens, dont des parlementaires. Même des organisations de la gauche juive européenne auraient une flottille amarrée en Méditerranée, prête à mettre le cap sur Gaza.
Entre-temps, en fin de journée dimanche, le Premier ministre israélien a réuni son Conseil des ministres restreint pour débattre des possibilités d’enquête - israélienne, internationale, ou mixte.
Il s’est d’ores et déjà dit réticent à l’égard de la formule présentée ce week-end par le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon : une commission dirigée par l’ex-Premier ministre néo-zélandais Geoffrey Palmer, expert en droit maritime, qui serait entouré de deux adjoints, l’un turc, l’autre israélien.
L’autre formule à l’étude est basée sur une proposition du président Obama : une commission indépendante israélienne, qui accueillerait un ou des observateurs étrangers - américains ou européens. Israël se méfie en effet des regards extérieurs sur son fonctionnement domestique. Il s’oppose en particulier aux investigations internationales de ses soldats, qui ôteraient à l’armée sa future liberté opérationnelle.
Mais cette foi, beaucoup au sein du gouvernement craignent qu’Israël ne puisse échapper aux questionnements étrangers. Il ne devrait d’ailleurs pas s’y soustraire, estiment-ils, vu qu’il n’a "rien à cacher" : ses soldats ont agi "en légitime défense", et son blocus maritime est justifié par le droit de la guerre.
Et tout cas, pour M. Netanyahou, toute enquête doit également déterminer qui, en Turquie, a financé et équipé le groupe extrémiste du "Mavi Marmara".
Par ailleurs, sous pression américaine, M. Netanyahou a laissé entendre qu’il pourrait alléger le blocus maritime de Gaza. Pas le lever entièrement. Car Israël reste déterminé à barrer la route à tout transport d’armes vers Gaza. Mais assouplir la procédure de contrôle, de façon à désamorcer les susceptibilités humanitaires.
Selon un des modèles examinés, les bateaux d’aide humanitaires pourraient poursuivre leur route avec leur cargaison jusqu’à Gaza, après avoir fait escale de leur plein gré dans le port israélien d’Achdod et y avoir subi un contrôle de sécurité israélien. Selon d’autres scénarios, Israël se ferait aider par la communauté internationale pour resserrer le contrôle de la circulation maritime au large de Gaza.
La gauche israélienne exige toutefois davantage. Samedi à Tel-Aviv, une manifestation a rassemblé quelque 6 000 contestataires de la politique gouvernementale - parlementaires et extra-parlementaires confondus. Tous ont exigé la levée globale du blocus de Gaza et la reprise de négociations substantielles pour un Etat palestinien aux côtés d’Israël.
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