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Pologne | Élection présidentielle
Deux philosophies et deux conceptions politiques s’affrontent
Jean Orval
Mis en ligne le 19/06/2010
Les Polonais votent dimanche au premier tour de l’élection présidentielle anticipée, suite à la mort de leur président Lech Kaczynski dans une catastrophe aérienne en avril. Dix candidats sont en lice, mais deux favoris comptent réellement : le libéral Bronislaw Komorowski, président de la chambre basse du Parlement et chef de l’Etat par intérim, et le conservateur Jaroslaw Kaczynski, frère jumeau du président défunt. Avec eux, deux philosophies et deux conceptions politiques s’affrontent lors de ce scrutin, l’une pro-européenne, libérale et tolérante, l’autre conservatrice, nationaliste et très catholique. Sur les affiches électorales, M. Komorowski insiste sur "la concorde" qui permet d’aller de l’avant. "C’est la Pologne qui est la plus importante" , clame pour sa part M. Kaczynski.
Tous les sondages prédisent le succès de M. Komorowski, 58 ans. L’une des dernières études publiées vendredi l’a même donné vainqueur dès le premier tour avec 51 % des voix, mais les autres ont prédit sa victoire seulement au second tour, prévu le 4 juillet. M. Kaczynski, 61 ans, a toutefois réussi à réduire ces dernières semaines l’écart qui le séparait du candidat favori dans la plupart des sondages. Les analystes notent qu’une situation similaire a déjà eu lieu lors de l’élection présidentielle en 2005, quand Lech Kaczynski, au départ largement devancé dans les sondages par son rival libéral Donald Tusk, a réussi a remonter la pente pour finalement sortir vainqueur au second tour.
L’accident de l’avion présidentiel qui s’est écrasé le 10 avril à Smolensk en Russie tuant ses 96 occupants, dont de hauts responsables politiques et militaires polonais, a pesé de tout son poids sur la campagne présidentielle. Quand Jaroslaw Kaczynski a annoncé qu’il briguerait sa succession de son frère jumeau, il a bénéficié tout naturellement de la compassion de nombreux Polonais très émus par la mort de Lech Kaczynski, dans des circonstances très symboliques : la délégation polonaise se rendait à Katyn près de Smolensk pour une cérémonie d’anniversaire du massacre de milliers d’officiers polonais exécutés en 1940 sur l’ordre de Joseph Staline.
Le candidat conservateur a aussi bénéficié du soutien de nombreux prélats de la puissante Eglise de Pologne, à commencer par la décision d’inhumer le président défunt et son épouse dans la crypte de la cathédrale du Wawel à Cracovie, le panthéon des grands Polonais.
La courte campagne présidentielle a par ailleurs été marquée, et parfois même dominée, par des inondations dévastatrices dans le sud et le centre de la Pologne. Tous les candidats ont sillonné les régions sinistrées. Le Premier ministre libéral Donald Tusk et Bronislaw Komorowski en sa qualité de président par intérim ont multiplié les promesses d’aide aux victimes des crues qui ont fait une vingtaine de morts et provoqué l’évacuation de plus de 30 000 personnes. De son côté, Jaroslaw Kaczynski, a saisi l’occasion pour accuser le gouvernement de laxisme en matière de prévention, et d’insuffisance des moyens mis en œuvre contre les effets du fléau. Dans ce contexte, le débat de fond sur les programmes des candidats a été quasi inexistant.
Plus de 30 millions d’électeurs peuvent voter dimanche entre 6 heures et 20 heures dans plus de 25 000 bureaux, dont 260 installés à l’étranger pour de nombreux émigrés et vacanciers polonais. Les résultats des sondages effectués à la sortie des bureaux de vote seront rendus publics par des chaînes de télévision peu après 20 heures. La publication par la Commission électorale nationale des résultats quasi définitifs est attendue lundi matin.
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