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UE: la présidence belge va permettre à Van Rompuy de s'affirmer
AFP
Mis en ligne le 27/06/2010
Avec une Belgique décapitée, le discret président de l'UE Herman Van Rompuy se voit offrir un boulevard pour imposer un peu plus encore son empreinte sur la conduite des affaires européennes, au risque de faire de l'ombre à José Manuel Barroso.
Le traité de Lisbonne a maintenu une situation confuse à la tête de l'UE, créant un président permanent du Conseil européen, l'organe des chefs d'Etat et de gouvernement - poste confié en décembre 2009 au Belge Herman Van Rompuy - tout en maintenant dans certains domaines l'ancien système de présidence tournante semestrielle. Cette formule a donné lieu à quelques frictions en début d'année lorsque le Premier ministre espagnol José Luis Rodriguez Zapatero a voulu jouer les premiers rôles lors de sa présidence tournante. L'exercice a tourné court du fait de la crise économique qui a frappé l'Espagne, permettant alors à Herman Van Rompuy de se placer au centre de l'échiquier.
La tendance devrait aller crescendo avec la Belgique: le pays, en pleine crise politique, va rester gouverné au moins jusqu'en octobre par un Premier ministre de transition, Yves Leterme, qui entend se mettre en retrait pour respecter "la lettre et l'esprit" du traité de Lisbonne. "Le fait que la Belgique n'ait qu'un gouvernement gérant les affaires courantes va aider" Van Rompuy, assure l'eurodéputé britannique Andrew Duff, spécialistes des institutions de l'UE. Cela "lui offre une bonne opportunité de prendre un peu plus ses aises, aussi parce qu'il y a une conjonction de nationalité puisque Herman Van Rompuy est aussi Belge", renchérit Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Schumann.
Toujours peu connu du grand public, Herman Van Rompuy, ne fait rien pour gagner les feux de la rampe auxquels il préfère le travail de l'ombre. Cela lui vaut les critiques des fédéralistes européens qui rêvaient d'un président superstar. L'ancien chancelier allemand Helmut Schmidt persifle sur le "Mister Nobody" qui dirige l'UE. "On attend toujours le président de l'Europe", lui fait écho M. Giuliani. Mais en coulisses le chrétien-démocrate belge s'est imposé comme un très habile négociateur, rompu à l'art du compromis par des années de pratiques dans son pays. Il a multiplié les sommets sur la crise de la dette en Europe et tenté de jouer les pacificateurs au sein d'un couple franco-allemand donnant du gîte.
La mission n'est pas toujours facile. La chancelière Angela Merkel le soupçonne parfois d'être trop proche des Français et lui a fait durement sentir fin mars, refusant sa présence lors d'une entrevue avec le président français Nicolas Sarkozy à Bruxelles. Malgré tout, "à un moment ou Sarkozy et Merkel sont en désaccord sur des sujets importants, il a prouvé que son poste était une nécessité", estime Andrew Duff, qui juge l'homme "calme en période de crise et intelligent".
Pour Dominik Hierlemann, spécialiste des questions européennes à la Fondation Bertelsmann, il n'y a guère de doute. "A moyen terme Van Rompuy sera le gagnant des institutions européennes" avec des présidences tournantes condamnées à voir leur rôle diminuer, dit-il. Le président de la Commission européenne José Manuel Barroso commence déjà à en prendre ombrage. Derrière les sourires de circonstances, les deux hommes, obligés de représenter en binôme l'UE lors des sommets internationaux, se marquent à la culotte.
Le Portugais soupçonne Herman Van Rompuy de chercher à empiéter sur son territoire en cherchant à faire du Conseil européen le gouvernement économique de l'UE ou en prenant la tête des efforts pour durcir la discipline budgétaire commune. "On assiste à une dérive", glisse un haut responsable de la Commission.
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