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Présidence belge de l'UE

"Jusqu’où aller trop loin ?"

Sabine Verhest et Olivier le Bussy

Mis en ligne le 03/07/2010

Aux premiers jours de la présidence belge, Jean-Luc Dehaene et Guy Verhofstadt ont répondu à nos questions. Tous deux insistent : les Etats membres doivent compter avec le Parlement dont les pouvoirs ont été accrus.
Entretien

De quoi avez-vous été le plus fier lors de votre présidence de 1993 ?

On a démarré le traité de Maastricht, ce qui nécessitait un accord sur le siège de la Banque centrale (Francfort) et sur le président de l’Institut monétaire (Alexandre Lamfalussy). Le moment était important, et pas évident du tout ! Au tout début de la présidence, Willy Claes avait déjà pu débloquer un dossier coincé depuis longtemps sur les fonds régionaux, ce qui a immédiatement créé l’atmosphère "ils sont capables de débloquer des dossiers" et nous a valu les louanges de Jacques Delors.

Serait-il encore possible d’engranger autant de résultats aujourd’hui alors que la présidence tournante ne se charge plus du Conseil européen ni des relations extérieures ?

La façon dont les présidences successives ont joué les grenouilles qui se gonflent et se gonflent, en donnant l’impression que la présidence déterminait les priorités, m’a très fort gêné. Cela donnait des dossiers lance-flammes : on attachait une énorme importance à certains problèmes pendant une présidence, sans suite après. J’ai toujours été pour une présidence qui soit au service de l’agenda de l’Europe et pas du sien propre.

A quoi tient une présidence réussie ?

C’est un mélange de chance de devenir président au bon moment, d’habileté à trouver des accords et de bonnes relations publiques !

La présidence belge de 2010 tombe-t-elle au bon moment ?

Elle tombe à un moment où elle peut rendre de très grands services à l’Europe en jouant le jeu des institutions. On a bien vu que la présidence espagnole avait d’énormes difficultés à trouver ses marques et avait des frustrations face au changement. La Belgique a clairement dit qu’elle ne disputerait pas au président permanent du Conseil européen sa position dans les sommets.

Lorsque l’idée de créer ce poste a été lancée, vous y étiez opposé. Craignez-vous pour la méthode communautaire ?

Je me suis réjoui de la candidature d’Herman Van Rompuy parce que j’avais la certitude qu’il s’inscrirait dans l’esprit du traité et donc dans un rôle de chairman et de facilitateur assurant la continuité des travaux. Il a commencé dans des conditions difficiles, immédiatement confronté à la crise financière. Il ne s’en est pas mal tiré. Mais faire l’évaluation du traité de Lisbonne alors qu’il n’est en vigueur que depuis quelques mois, cela m’énerve. Les traités européens sont comme les grandes étapes de la réforme des institutions en Belgique. Une fois que vous avez atteint un accord politique, vous avez approuvé le plan. Puis arrivent les entrepreneurs pour construire la maison. Vous n’êtes d’ailleurs pas toujours sûrs qu’ils suivent tout à fait le plan et cela peut aboutir à des choses qui n’étaient peut-être pas prévues au départ. La phase actuelle d’application du traité est importante, et il faut y travailler plutôt que de faire des évaluations hâtives. Les institutions cherchent leurs marques, et certaines les trouvent plus vite que d’autres.

Le PE est très conscient de l’augmentation de son pouvoir…

Il en use et son défi est de ne pas en abuser. Prendre des positions tellement en flèche qu’il n’y a plus de compromis possible conduit à l’immobilisme. Il s’agira de voir jusqu’où on peut aller trop loin !

Pour la présidence, est-il préférable d’avoir un gouvernement belge le plus tôt ou le plus tard possible ?

Pour l’image, il serait mieux d’en avoir un le plus vite possible. Pour la continuité de la présidence, ce n’est pas une nécessité, cela pourrait même être un handicap. Il est clair que Didier Reynders, qui participe depuis plus de dix ans au Conseil de l’Economie et des Finances, est très bien placé pour savoir où se trouvent les sensibilités et négocier des accords avec le Parlement. Mais, dans la négociation d’un gouvernement, ce n’est pas à la présidence européenne qu’il faut attacher le plus d’importance.

“La Belgique se dissoudra dans l’Europe comme le sucre dans une tasse de thé”, disait François Mauriac. Est-ce le cas ?

Nous vivons un changement de société assez extraordinaire, en passant à grande vitesse d’une société industrielle à une société globale de l’information. La plupart des Etats-nations d’aujourd’hui sont nés dans la foulée de la société industrielle. Or, la société globale de l’information nécessite une adaptation fondamentale des institutions. Elle exige une gouvernance globale et l’Europe n’aura de voix que si elle parle en tant qu’Europe. Un exemple : on est très fort dans le cadre de l’OMC parce que l’Europe parle par la voix du commissaire (Karel De Gucht), mais on s’est rendu ridicule, bien qu’on était très bien préparé, à Copenhague, parce qu’on ne savait pas qui allait parler pour l’Europe. A côté de cette première tendance, vous voyez en même temps dans la plupart des pays - Espagne, Italie, Grande-Bretagne, ne soyons pas nombrilistes - une deuxième tendance, à la décentralisation, plus poussée dans les régions qui ont un passé de nation. Les Etats-nations se situent au milieu Je sais que tout changement crée de l’inquiétude, mais il est inévitable. Ce que je trouve remarquable en Belgique, c’est qu’on a toujours réglé ces changements par des accords politiques et, pour moi, c’est l’essentiel.

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