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Serbie
"Un compromis sur le Kosovo"
Olivier le Bussy
Mis en ligne le 17/07/2010
Boris Tadic était, jeudi, de passage à Bruxelles, où il a rencontré le Premier ministre belge Yves Leterme, dont le pays préside actuellement l’Union européenne. Le président serbe a accordé un entretien exclusif à "La Libre Belgique", au cours duquel il a évoqué les perspectives d’adhésion de la Serbie à l’Union.
Le sujet le plus brûlant est cependant celui du statut du Kosovo, une semaine avant que la Cour internationale de justice (CIJ) ne rende son avis sur la légalité de la déclaration d’indépendance unilatérale de la province serbe à majorité albanophone. "De notre point de vue, cette déclaration d’indépendance est contraire à la législation internationale", rappelle Boris Tadic. "Je ne peux imaginer que CIJ disent le contraire. Parce que la conséquence immédiate de ce type de décision serait que nous verrions apparaître une quarantaine de nouveaux pays dans le monde dans les cinq années suivantes."
Que pensez-vous, alors, du fait que 22 Etats membres de l’UE aient reconnu le Kosovo en tant qu’Etat indépendant.
Il y a d’une part le raisonnement intellectuel et de l’autre les raisons politiques - que je peux comprendre qui ne correspondent pas nécessairement. Comment réagiront les pays qui ont déjà reconnu le Kosovo à l’avis de la CIJ, je n’en sais rien. Ce que j’espère, c’est que nous aurons une décision qui permettra de trouver une solution stable et durable. La Serbie est prête à trouver un compromis. Nous ne voulons pas être des fauteurs de troubles, mais nous ne reconnaîtrons pas l’indépendance du Kosovo.
Et si, contre vos attentes, la CIJ validait son indépendance ?
Je suis certain que la Cour fera respecter la législation internationale. C’est son travail.
Quelle forme pourrait avoir le compromis auquel vous faites allusion ?
Le retour du Kosovo dans le giron serbe comme à l’ère Milosevic n’est pas envisageable, nous sommes réalistes. Mais il y a une large marge de manœuvre. Attendons d’abord la décision de la CIJ pour voir comment régler ce conflit historique.
Vous pensez que les autorités kosovares seraient prêtes à discuter quoi que ce soit d’autres que l’indépendance ?
Je l’espère. Ce qui est très clair pour moi que le Kosovo ne pourra jamais devenir membre des Nations unies sans l’approbation de la Serbie. Je vois que 69 pays ont reconnu l’indépendance du Kosovo, mais que 123 ont refusé de le faire. La Serbie va défendre ses droits et sa position, mais uniquement en utilisant des moyens démocratiques, juridiques et diplomatiques. Et nous sommes patients.
En décembre 2009, la Serbie a déposé sa candidature pour adhérer à l’Union européenne. Au-delà de ce qui transparaît des discours officiels, avez-vous l’impression que tous les Etats membres sont prêts à discuter de l’adhésion serbe ?
Question intéressante. Je leur ai posé il y a quelques mois. La Serbie, et même l’ensemble des Balkans occidentaux sont-ils les bienvenus ? Va-t-on nous imposer des conditions supplémentaires à l’avenir ? Si nous prenons en compte la manière dont d’autres Etats se rapprochent de l’Union, c’est clair que nous devons remplir plus de conditions que d’autres. Nous comprenons que l’on attend des progrès de notre part. Mais nous devons avoir les mêmes critères que les autres.
Ressentez-vous le peu d’entrain européen pour un nouvel élargissement ?
C’est une réalité avec laquelle nous devons composer. Mais les conséquences pourraient être que d’autres acteurs prennent pied dans les Balkans occidentaux, ce qui ne serait ni bon pour la Serbie, ni pour la région, ni pour l’UE. Je dis toujours à mes interlocuteurs de tenir compte de cette perspective. Cette lassitude des Européens est aussi une conséquence de la crise. Les politiques doivent certes comprendre les inquiétudes de leur électorat, mais aussi faire preuve de vision.
N’êtes-vous pas las des demandes répétées pour une meilleure coopération de la Serbie avec le Tribunal pénal pour l’ex-Yougoslavie ?
Ce n’est pas un problème. Ce n’est pas une obligation que nous devons tenir vis-à-vis de l’Europe mais vis-à-vis nous-même. Nous coopérons avec le tribunal de la Haye et faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour arrêter Ratko Mladic et Goran Hadzic (respectivement commandant des forces serbes en Bosnie et ancien président de la République des Serbes de Krajina, tous deux recherchés pour crimes contre l’humanité - NdlR). A ceux qui nous demandent, fréquemment, pourquoi ils n’ont pas encore été capturés, je réponds que nous avons transféré à La Haye 44 des 46 personnes recherchées, dont deux anciens présidents. Ce n’est pas évident de mettre la main sur 46 fugitifs. Je constate que certaines personnes recherchées par des Etats très puissants sont toujours en liberté. Par contre, ce qui me paraît étrange, c’est de toujours devoir convaincre que nous voulons mettre la main sur Mladic et Hadzic, alors que nous avons déjà livré Milosevic et Karadzic. Quel serait notre intérêt de les protéger ? Même si ce n’était plus une condition pour notre entrée dans l’UE, nous les chercherions quand même.
Qu’attendez-vous de la présidence belge de l’UE ?
Qu’elle transfère le plus rapidement possible notre candidature à la Commission. Et que les assemblées parlementaires de Belgique ratifient rapidement notre Accord de stabilisation et d’association avec l’Union.
Quel est l’état des relations des anciennes composantes de feue la fédération yougoslave, près de vingt ans après le déclenchement des guerres fratricides ?
Nous avons une très bonne coopération régionale, des relations commerciales, diplomatiques. J’ai été à Srebrenica, et au Montenegro, le président croate va venir à Belgrade. Nous parlons la même langue, nous avons fait partie du même pays, nous avons une identité commune au-delà de nos identités particulières. Tant de choses nous rapprochent. Nous espérons que la Croatie deviendra membre de l’UE et qu’à son tour, elle supportera la Serbie. C’est notre contribution à la stabilisation régionale. Mais il faut régler le problème du statut du Kosovo.
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