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France

La sécurité, clé de 2012 ?

Bernard Delattre

Mis en ligne le 20/07/2010

La classe politique à nouveau s’enflamme sur les violences. Le prochain scrutin présidentiel pourrait se jouer sur ce thème.
Correspondant permanent à Paris

L’insécurité et les "affaires" : terreau du Front national. Les baromètres de popularité de ces dernières semaines le démontrent à nouveau : les seules cotes y progressant sont celles de Jean-Marie et Marine Le Pen. Un duo qui, sur l’insécurité, n’y est pas allé de main morte, lundi. Au lendemain d’un week-end marqué par des heurts entre émeutiers et forces de l’ordre à Grenoble (Isère) et dans le Loir et Cher (région Centre), heurts consécutifs à la mort de deux jeunes tués par les forces de l’ordre : l’un après avoir braqué un casino, l’autre après avoir forcé un barrage routier.

"Nous allons vers une aggravation - grave, très grave - de l’insécurité", a diagnostiqué Jean-Marie Le Pen, qui y a même vu les "prémisses d’une guerre civile". "Livrée aux racailles, aux casseurs, aux bandes armées", la France "sombre dans une violence inouïe", a renchéri sa fille. Le FN lundi a donné le la, mais il n’a pas été le seul à accabler le pouvoir. Ainsi, pour le PS, "le gouvernement est totalement débordé : il n’arrive plus à maintenir l’ordre et parvient à peine à contenir le désordre".

Déjà en banlieue parisienne en 2005 (Clichy sous Bois) et 2007 (Villiers le Bel), des émeutes avaient suivi la mort accidentelle de jeunes à l’issue de confrontations avec la police. Mais le parallèle ne peut être totalement fait.

Ainsi, sociologiquement, Grenoble, assez aisée, est à l’opposé des cités parisiennes paupérisées. Dans le Cher, les violences n’ont pas été urbaines puisqu’elles ont débuté dans un village de 3 500 âmes. Et elles ont impliqué une communauté très particulière (les gens du voyage), dont la situation ne peut être rapprochée de celle des jeunes de banlieues. Enfin, dans les deux cas, l’artillerie lourde (armes à feu, etc.) a été utilisée par les émeutiers contre les forces de l’ordre, avant que celles-ci y aient recours à leur tour (troupes d’élite du Raid, du GIGN, etc.).

Cette surenchère dans l’armement utilisé contre les forces de l’ordre, les historiens la font remonter au tournant des émeutes de 2007. Lundi, cette dramatisation n’a pas étonné les élus concernés. Ainsi, le président de l’association Villes et banlieues, également maire (PS) de Clichy, s’est dit "fatigué de dire depuis si longtemps que les opérations coup-de-poing ne vont pas régler les choses". Le PS, y compris son aile la plus à droite, a fustigé une "politique manichéenne" (lire : exclusivement sécuritaire). Qui a aussi essuyé les critiques des sociologues spécialistes de l’insécurité. Pour Laurent Mucchielli (CNRS) par exemple, la politique de la Ville "est un désastre et témoigne d’un aveuglement ou d’un cynisme sans nom : refaire les immeubles en laissant les humains à l’intérieur dans le même état de détresse sociale et psychologique a quelque chose de criminel".

Car si, depuis 2003, la droite a indéniablement beaucoup investi dans le cadre de vie des quartiers difficiles, les autres engagements financiers du grand plan banlieues promis en 2007 (emploi, etc.) n’ont, eux, pas survécu à la lourdeur de l’administration puis à la crise. Du reste, la Cour des comptes elle-même, depuis nombre d’années, déplore "l’efficacité et l’efficience incertaines de la politique de la Ville".

Reste à voir si, en 2012, le scrutin se jouera sur l’insécurité - comme en 2002 surtout et en 2007 dans une mesure un peu moindre. D’ores et déjà, des politologues ne l’excluent pas. A fortiori si la crise s’apaise et donc que la préoccupation première de l’opinion n’est plus socio-économique.

Auquel cas, la droite sera questionnée sur son bilan sécuritaire, qui, malgré d’innombrables lois, est mitigé. Trois échecs, à ce jour en tout cas, sont notoires et reconnus : les violences urbaines, scolaires et dans les transports. Et, si la délinquance a régressé en général, le caractère violent de la criminalité, lui, n’a cessé de croître. Viennent encore d’en témoigner deux faits divers dont la sauvagerie et la gratuité ont choqué le pays : la mort de deux jeunes gens, l’un poignardé en pleine rue à Paris pour avoir refusé de donner une cigarette, l’autre lynché à mort sur une bretelle d’autoroute de banlieue après un banal accrochage routier.

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