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Candidature à l'UE
L’Islande, si proche, si lointaine
Olivier le Bussy
Mis en ligne le 28/07/2010
Un an presque jour pour jour après que l’île scandinave ait déposé sa candidature à l’entrée dans l’Union européenne, l’Islande, la présidence belge de l’UE et la Commission ont ouvert formellement les négociations, ce mardi à Bruxelles.
"C’est un moment de joie", a déclaré le ministre belge des Affaires étrangères, Steven Vanackere, se disant convaincu "que l’Islande est en bonne position pour remplir ses obligations" pour devenir membre de l’UE. D’autant que "l’Europe et l’Islande collaborent de manière intensive dans un large nombre de domaine depuis quarante ans", a rappelé le chef de la diplomatie belge. Et de préciser que "l’Islande a déjà adopté une part significative de la législation européenne en tant que membre de l’Espace économique européen et de l’Espace Schengen" depuis 2001.
Pendant longtemps, l’Islande n’a pas jugé nécessaire de pousser plus loin ses relations avec l’Union européenne. Jusqu’à ce qu’en 2008, l’île scandinave soit essorée par la crise financière, qui a entraîné la faillite ou le coûteux sauvetage de plusieurs banques islandaises - une des principales sources de revenus du pays - la dégringolade de sa monnaie et le ralentissement brutal de son économie. A tel point que l’Islande, à l’époque un des pays les plus prospères du globe, a été contrainte de solliciter l’aide du Fonds monétaire international.
L’UE et surtout sa monnaie unique, l’euro, sont alors apparus aux Islandais comme un parapluie à même de les protéger des crises futures. "Si l’Islande avait adhéré il y a 5 ou 7 ans, l’économie islandaise n’aurait pas vécu les difficultés qu’elle a connues", a d’ailleurs reconnu le ministre islandais des Affaires étrangères, Ossur Skarphedinsson.
Selon les prévisions les plus optimistes, les 35 chapitres de négociations pourraient être bouclés dans un délai de dix-huit mois, ce qui permettrait à l’Islande de devenir, après la Croatie, le 29e membre de l’Union, à l’horizon 2012 ou 2013. Steven Vanackere a cependant tenu à préciser qu’il était moins question de s’en tenir à un calendrier que d’évaluer "les mérites et les progrès" du candidat islandais. De son côté, après avoir rappelé l’intérêt mutuel des deux parties à l’adhésion de l’Islande, le commissaire à l’Elargissement Stefan Füle a néanmoins souligné que le processus de négociations "ne sera pas une promenade de santé".
De sérieux points de contentieux subsistent en effet entre l’Islande et l’Union et/ou certains de ses Etats membres. Qu’il s’agisse de l’ouverture des eaux islandaises aux bateaux de pêche européens et de la chasse à la baleine, pratiquée en Islande mais interdite dans l’Union.
En ce qui concerne le point pêche, M. Skarphedinsson a insisté sur le fait qu’il s’agissait d’un pan important de l’économie islandaise. Glissant malicieusement au passage que l’Europe pourrait s’inspirer de la politique de pêche islandaise en matière de protection des stocks. Et parlant du second, il a défendu "que la chasse à la baleine fait partie de nos traditions et ne menace nullement les stocks".
Autre potentielle pomme de discorde : lors de la faillite de la banque islandaise en ligne Icesave, le Royaume-Uni et les Pays-Bas ont indemnisé leurs ressortissants qui y avaient déposé leurs économies. Mais l’accord conclu entre Reykjavik, Londres et La Haye sur le remboursement a été dénoncé en mai dernier par référendum par la population islandaise. "C’est un problème bilatéral", juge le ministre islandais. "S’il devait avoir une influence (sur les négociations) , ce serait contraire aux règles".
Mais finalement, la question essentielle pourrait avoir trait à la volonté réelle des citoyens islandais à entrer dans l’Union. Le commissaire Füle s’est dit "préoccupé par le manque de soutien public à l’heure actuelle en Islande pour l’appartenance à l’UE". C’est que l’Europe ne voudrait pas qu’après avoir ouvert sa porte à l’Islande, celle-ci choisisse, in fine, de la lui claquer au nez.
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