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France
Woerth s’explique, Alliot-Marie s’irrite
Bernard Delattre
Mis en ligne le 30/07/2010
Il n’est pas de République sans une justice respectée. Alors je dis "assez" aux attaques aussi absurdes qu’injustifiées qu’on a vu fleurir" ces derniers temps dans l’affaire Woerth-Bettencourt. Michèle Alliot-Marie sort de ses gonds. Dans une tribune publiée par "Le Monde" jeudi soir, la ministre de la Justice a fustigé "le mépris", "l’inconscience" et "la médiocrité" dont, selon elle, font preuve les nombreux détracteurs de la procédure judiciaire en cours dans le scandale politico-financier de l’été, concernant la milliardaire Liliane Bettencourt et le ministre et ex-trésorier de l’UMP Eric Woerth.
L’opposition, les syndicats de magistrats et les médias critiquent la mainmise actuelle du parquet sur les devoirs judiciaires relatifs à cette affaire. En effet, si l’on excepte le supplément d’information confié à une juge à propos du volet familial du dossier, seules des enquêtes préliminaires, toutes dirigées par le parquet, sont en cours. Aucun juge d’instruction n’ayant été nommé, seul le procureur de Nanterre (banlieue parisienne), Philippe Courroye, enquête sur les soupçons de prise illégale d’intérêts, trafic d’influence, blanchiment de fraude fiscale et financement politique illégal. Ce qui fait jaser, étant donné à la fois le statut des parquets en France (soumis au pouvoir hiérarchique du ministère de la Justice) et la personnalité dudit procureur (souvent présenté comme proche de Nicolas Sarkozy).
Mais, pour la Garde des Sceaux, ceux "qui dénoncent une justice aux ordres", font "fi du professionnalisme et de l’éthique des magistrats français". Ceux "qui attaquent personnellement" un magistrat qu’est tout procureur "insultent le ministère public et la magistrature tout entière". Ceux qui "agitent le soupçon d’un parquet aux ordres du gouvernement" agissent "par ignorance, inculture ou opportunisme politicien de bas étage". Et Michèle Alliot-Marie de confirmer et de justifier son refus de confier cette affaire à un juge d’instruction : "Comment peut-on, le matin, dénoncer d’imaginaires interventions de l’exécutif dans le judiciaire, pour exiger, l’après-midi, que le garde des Sceaux choisisse tel ou tel magistrat pour mener les enquêtes ?"
Deuxième coup de sang de la journée, jeudi : celui de l’avocat de l’ex-comptable personnelle des Bettencourt, qui avait lâché la bombe d’un éventuel financement politique occulte de l’UMP, via le ministre et ex-trésorier Eric Woerth, par la femme la plus riche de France.
L’ex-comptable, selon son avocat, vient d’être interrogée pour la neuvième fois par la police. "Rien ne lui est épargné, elle qui n’est pourtant que témoin et n’a commis aucun délit, si ce n’est le crime de lèse-majesté d’avoir dénoncé les turpitudes" au sommet du monde politico-financier, s’est-il insurgé. A ses yeux, le procureur Courroye n’est bel et bien que "le fidèle serviteur du pouvoir"; l’atteste déjà "l’extraordinaire différence" entre le traitement réservé à sa cliente et "l’extrême courtoisie" du parquet envers la milliardaire et le ministre Woerth.
Dans le chef de ce dernier, en revanche, aucune irritation mais sans doute une grande satisfaction. Puisque jeudi, pendant plus de sept heures, a eu lieu l’audition que le ministre avait dit attendre avec "impatience". Eric Woerth a été entendu en tant que témoin, les policiers s’étant déplacés jusqu’à son cabinet. Il a réfuté en bloc toutes les allégations proférées contre lui, qu’il a réduites à un ramassis de "mensonges" et de "fantasmes". A assuré n’être intervenu "à aucun moment" pour favoriser l’embauche de son épouse par Liliane Bettencourt. A certifié n’avoir eu avec le gestionnaire de fortune de cette dernière que des "échanges ordinaires" à propos de son épouse, dans le cadre d’une "conversation banale". Et a nié "avec une vigueur et une énergie particulières" tout financement politique illégal de l’UMP par L’Oréal.
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