La Libre.be > Actu > International > Article
La perplexité du psychiatre
J. La.
Mis en ligne le 30/07/2010
Véritablement "hors normes", comme l’a qualifié le procureur de la république de Douai, le dossier de la mère infanticide, qui a reconnu avoir tué huit nouveau-nés laisse les psychiatres prudents.
"On est de loin en loin dans l’exception, dans le mystère", souligne Jean-Yves Hayez, professeur émérite de pédopsychiatre (UCL). "Même pour un psychiatre expérimenté, cela ne va pas de soi de faire des hypothèses sur une personnalité comme celle-ci", ajoute-t-il.
Pour le Pr Hayez, il faut exclure une personnalité psychotique chez Dominique Cottrez car cette aide-soignante avait un métier régulier et, d’après les informations communiquées par la justice française, elle a répondu de manière sensée à la justice. Pour le pédopsychiatre, on doit écarter le déni de grossesse, une explication sur laquelle il a de grands doutes et reste très perplexe. Dominique Cottrez n’a pas invoqué ce mobile, rapportait ainsi le procureur de la république de Douai.
"Il faut essayer de comprendre pourquoi huit fois en plusieurs années cette femme ne veut pas de contraception, refuse des soins médicaux, étouffe ses bébés et évacue les corps", dit le Pr Hayez qui formule deux hypothèses.
"Pendant au moins une partie de sa vie, elle semble avoir perdu tout sens moral, tout sens de l’autre", avance le pédopsychiatre qui y voit un "égocentrisme dans le sens le plus profond du mot. Cette absence de continuité du sens moral ne se retrouve que chez les grands psychopathes, les grands pervers".
Peut-être, poursuit le pédopsychiatre, va-t-on découvrir chez cette femme une enfance abominable, niée, avec un moral mis à mort par son entourage. "Derrière un fonctionnement aberrant, on trouve parfois des explications", dit-il, avant d’ajouter qu’une souffrance intense ne veut pas dire que l’on perd sa liberté et sa lucidité.
Et le pédopsychiatre de postuler "sur le bout des pieds", une deuxième hypothèse, qui n’est pas incompatible avec la première. "On peut faire une analogie avec les serial killers. On ne peut exclure, qu’inconsciemment, elle ait eu besoin d’être enceinte car elle savait qu’elle allait tuer l’enfant", avance prudemment le Pr Hayez. Ces serial killers, ajoute-t-il, sont généralement des psychotiques ou des psychopathes pervers qui nient la condition de l’autre pour leur propre jouissance.
Le Pr Hayez en reste néanmoins aux hypothèses, relevant que, dans le cas de Dominique Cottrez, même en tant que psychiatre expérimenté, on ne peut se référer à des cas existants sur lesquels on a beaucoup écrit.
A partir du moment où elle a été démasquée, Dominique Cottrez semble avoir rapidement collaboré avec la justice. "Est-ce qu’une partie d’elle-même, à côté de son côté psychopathe, était quand même culpabilisée ? Et peut-être a-t-elle alors été délivrée", avance Jean-Yves Hayez.
Le rire "communicatif" du...
François Fillon à Bruxelles
Le trophée de l'Euro 2012 se...
Il saute d'un hélicoptère...