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Liban

Tentative de contenir la crise au Liban

Emilie Sueur

Mis en ligne le 31/07/2010

Le roi d’Arabie saoudite et le président syrien se sont rendus ensemble au Liban. La visite, historique, doit apaiser les tensions liées au procès des assassins d’Hariri.

L’incendie n’est pas encore déclaré au Liban, mais les pompiers sont déjà là. Les pompiers étant le souverain saoudien et le président syrien, qui ont effectué hier une visite historique dans un Liban flirtant avec une nouvelle crise. Les deux hommes sont arrivés ensemble hier en début d’après midi en provenance de Damas où ils s’étaient déjà entretenus la veille.

Depuis quelques semaines, la tension ne cesse de monter au Liban, autour de la prochaine publication de l’acte d’accusation du Tribunal spécial pour le Liban chargé de juger les auteurs de l’assassinat, en 2005, de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri. Acte d’accusation dont le secrétaire général du Hezbollah a déclaré, le 22 juillet dernier, qu’il contenait, selon des informations que le Premier ministre sunnite Saad Hariri lui aurait données, les noms de "membres indisciplinés" du Hezbollah.

En mai 2009, et alors que les premiers rapports des enquêteurs internationaux pointaient du doigt "les services de renseignement libanais et syrien", l’hebdomadaire allemand "Der Spiegel" avait déjà évoqué la piste du parti chiite.

Considérant le TSL comme un "projet israélien", le Hezbollah multiplie les avertissements contre une mise en accusation de ses membres. "Si l’acte d’accusation pointe du doigt des membres du Hezbollah ou insinue même qu’ils pourraient être impliqués dans l’attentat du 14 février, le pays sera entraîné sur la voie de troubles", déclarait, mercredi, un ministre du parti de Dieu. Hussein Hajj Hassan a également fait une allusion aux violents affrontements entre sunnites et chiites du 7 mai 2008.

Outre une réédition des violences confessionnelles du printemps 2008, violences qui avaient fait une centaine de morts, les observateurs craignent également une crise politique. Le Hezbollah et ses alliés font en effet partie de l’actuel gouvernement d’union nationale. Cabinet dont le travail pourrait être gravement entravé par le fait qu’une partie de ses membres rejette le TSL alors que l’autre, menée par Saad Hariri, fils de l’ancien Premier ministre assassiné, soutient le tribunal international.

C’est dans ce contexte que le roi Abdallah, proche de Saad Hariri, Bachar el-Assad, dont le pays soutient le Hezbollah, et le président libanais, Michel Sleiman se sont retrouvés, hier, pour un mini-sommet à Beyrouth. A l’issue de cette rencontre, Assad et Abdallah "ont souligné l’importance de la stabilité [ ], de l’engagement (des Libanais) à ne pas recourir à la violence et la nécessité de faire valoir les intérêts du Liban au-delà de tout intérêt sectaire", selon un communiqué de la présidence libanaise.

Les deux leaders régionaux ont également souligné la nécessité de "recourir aux institutions légales et constitutionnelles ainsi qu’au gouvernement d’union nationale pour régler les différends".

"C’est un sommet en forme de gestion de crise. Il s’agit de trouver un moyen de préserver le gouvernement libanais, de prévenir tout conflit interne et de trouver ce qu’on va faire avec cet acte d’accusation. A ce niveau, on peut s’attendre à ce que l’Arabie saoudite pousse la Syrie à convaincre le Hezbollah de faire des concessions si l’acte d’accusation pointe du doigt un de ses membres", estime Paul Salem, directeur du Carnegie Center au Moyen-Orient.

Ce sommet revêtait en outre une importance particulière car il s’agissait de la première visite au Liban de Bachar el-Assad depuis le retrait précipité des troupes syriennes du Liban en 2005, suite, précisément, à l’assassinat de Rafic Hariri. Une visite qui marque une nouvelle avancée dans la normalisation des relations entre les deux pays.

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