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France

Les Roms seront expulsés dès jeudi

Mis en ligne le 18/08/2010

Le gouvernement français veut en ramener près de 700 en Bulgarie et Roumanie.

Les premières expulsions de Roms en situation irrégulière en France vers leurs pays d’origine, la Roumanie et la Bulgarie, auront lieu ce jeudi, alors que la politique sécuritaire du président français Nicolas Sarkozy continue de susciter le malaise, à gauche mais aussi à droite.

Le ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, a annoncé mardi que 51 camps illégaux de Roms avaient été démantelés cet été à travers la France. Il y en aurait au total près de 600 selon lui. "En tout, ce sont quelque 700 Roms qui seront raccompagnés dans leurs pays d’ici la fin du mois" en avions commerciaux, a-t-il annoncé, précisant que les vols étaient prévus jeudi ainsi que le 26 août, et un troisième "fin septembre".

En 2009, 8 000 Roms ont été reconduits de France vers la Roumanie, avec un billet d’avion et 300 euros par adulte, selon les autorités françaises.

"Ce sont des reconduites dans le pays d’origine. C’est ce que dit la loi et nous appliquons la loi", a insisté le ministre de l’Immigration Eric Besson. Mais il a reconnu que les personnes expulsées, membres de l’Union européenne, "pourront revenir en France, puisque c’est la loi, mais elles ne pourront pas y stationner en situation irrégulière et a fortiori recevoir une aide au retour volontaire". La Roumanie et la Bulgarie ont rejoint l’UE en 2007. En vertu d’un régime transitoire, leurs ressortissants peuvent entrer en France sans formalité particulière et y rester durant trois mois sans avoir à justifier d’une activité. Au-delà des trois mois, ils doivent avoir un emploi, suivre des études ou justifier de ressources suffisantes. Ces Roms sont estimés à 15 000 en France.

Outre ces expulsions en série, le président Sarkozy, qui vient d’annoncer un nouveau tour de vis dans la lutte contre l’insécurité, a récemment prévenu qu’il entendait priver de la nationalité française certains criminels d’origine étrangère. Paris a été vivement critiqué à l’Onu pour ce lien établi entre immigration et insécurité.

En France, le pouvoir a été accusé à gauche de promouvoir un "racisme d’Etat". "Cette politique de l’humiliation donne une vision dégradante de l’action publique. La France n’est pas un pays raciste. Mais en activant les pulsions du racisme, l’exécutif bafoue nos prin cipes et nos valeurs", a estimé mardi le quotidien "Le Monde".

Pleinement assumé par le gouvernement, le discours de fermeté qui avait en partie valu à Nicolas Sarkozy - parfois surnommé "le premier flic de France" pour son discours musclé sur la sécurité - son élection en 2007 passe désormais mal dans une partie de la majorité.

"Cette politique est choquante. On se moque des Français. Les problèmes de sécurité ne tiennent pas à quelques camps de Roms (...). C’est de la poudre aux yeux", a affirmé lundi le député du parti présidentiel UMP François Goulard, proche de l’ex-Premier ministre Dominique de Villepin, ennemi à droite de Nicolas Sarkozy.

Un autre député UMP, Jean-Pierre Grand, a déclaré à plusieurs reprises que les expulsions de Roms prenaient un tour "ignoble", condamnant des "méthodes qui rappellent les rafles pendant la guerre". Un rapprochement qui scandalise Eric Besson, qui évoque un "amalgame" sans rapport avec la terrible déportation des Juifs.

Enfin, le député Bernard Debré (également UMP) a mis en garde mardi contre le fait d’établir un lien direct entre l’insécurité et l’immigration. "Il y a des terroristes français, il y a des criminels français", a-t-il dit.

En dépit de sondages contradictoires, le gouvernement est persuadé que, dans l’optique de l’élection présidentielle de 2012, ce thème conforte Nicolas Sarkozy, jusqu’alors confronté à l’embarrassante affaire politico-financière impliquant la milliardaire Liliane Bettencourt et le ministre du Travail Eric Woerth. (AFP)

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